Avant que le château ne devienne Musée… ? Première partie : Le château du Hérissé !

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Élément majeur de notre patrimoine boulonnais, le château comtal de Boulogne a vécu une histoire riche de péripéties, de sièges, de remaniements, et de reconversions, jusqu’à la dernière et certes la plus réussie, qui l’a vu se métamorphoser en musée en 1988…
On remonte un peu le temps ? Là ! Vous êtes dans l’enceinte, dans la cour pavée. Vous êtes prêts ? Fermez les yeux et imaginez, d’abord !
Nous sommes en 1227, et maçons, tailleurs de pierre, couvreurs, s’activent bruyamment, sur le chantier du château, supervisé par l’architecte soucieux de plaire au maître des lieux, Philippe Hurepel, autrement dit le Hérissé, fils d’un roi de France…

A l’emplacement du château, déjà, se tiennent, dans l’Antiquité, les fortifications de la ville romaine, qui épousent exactement les formes des remparts médiévaux. La Classis Britannica a laissé derrière elle une structure encore lisible aujourd’hui dans les plans de la vieille ville.

Cependant, des précédentes demeures seigneuriales avant la construction du château, il ne nous reste pas grand chose… Des demeures des comtes saxons du Haut Moyen Age, rien ne nous est parvenu. Et même des donjons des premiers comtes de Boulogne, comme Eustache aux grenons, époux d’Ide de Boulogne, père de Godefroy de Bouillon, et porte-étendard moustachu de Guillaume le Conquérant à Hastings, nous ne conservons que la partie inférieure du beffroi.

Les armoiries de Philippe Hurepel.

C’est donc plus tard, au cours du Moyen Age classique que notre château est érigé, par Philippe Hurepel, le Hérissé, peut-être par référence à sa coiffure punk avant l’heure, fils bâtard du roi de France Philippe-Auguste et d’Agnès de Méranie, avec laquelle il a contracté un mariage non reconnu par l’Eglise.
Une étrange histoire, en vérité, qui a mené le roi à concevoir ce fils qu’il aurait sans nul doute voulu légitime…

Philippe-Auguste, en effet, marié avec Ingeburge du Danemark, refuse, aux lendemains de la nuit de noces, de reconduire l’expérience conjugale. Il fait enfermer cette épouse indésirable dans un couvent, et refuse la médiation que propose le pape.
Et personne ne sait précisément ce qui s’est passé, cette nuit là ! D’aucuns prétendent que le roi « a l’aiguillette nouée », et d’autres, c’est plus probable, qu’il fait payer à sa reine danoise le refus de son frère, le roi Knut, de l’aider à envahir l’Angleterre… C’est ainsi qu’il épouse, Agnès, une noble bavaroise, qui donne naissance au Hérissé, dans une union que le souverain pontife considère polygame, puisqu’Ingeburge vit encore… L’Église, dans son bras de fer avec les rois, concernant l’investiture des évêques, instrumentalise à loisir le mariage, affaire jusque là laïque, et dont elle a fait, récemment, un sacrement indissoluble, excommuniant à tour de bras les nombreux contrevenants.

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Les douves prises dans les glaces !

Après sa défaite, à Bouvines en 1215, le frondeur comte de Boulogne, Renaud de Dammartin, dont nous vous avons parlé en tant qu’ennemi juré du terrible pirate Eustache Le Moine, est capturé et condamné à finir ses jours dans les prisons royales.

Philippe le Hérissé est alors marié à la fille de Dammartin, Mathilde, la comtesse aux harengs, et prend ainsi possession du comté en 1223, que lui a octroyé son royal père. Avec la disgrâce de Renaud et son mariage avec Mathilde, il est devenu comte de Dammartin, d’Aumale, de Clermont, et de Boulogne, qui entre alors dans l’escarcelle capétienne, tournée qu’elle était jusqu’alors vers le Saint-Empire et l’Angleterre…

Mais à partir de 1226, le Hérissé entre à son tour en rébellion…

Il semble que l’air de Boulogne soit propice à la Fronde ! Après l’inénarrable Eustache, après le félon Dammartin, Philippe Hurepel, à la mort de son demi-frère Louis VIII, participe à la révolte qui se déchaîne contre la régente, Blanche de Castille, régnant au nom de son jeune fils, Louis IX, futur Saint-Louis.

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La salle comtale, vue de la porte secondaire.

C’est sans doute ce contexte troublé qui pousse le Hérissé à renforcer les fortifications de la ville, et à construire son château. En 4 ans seulement, entre 1227 et 1231, Philippe parvient à achever son ouvrage colossal, dotant la ville de solides défenses, suivant le tracé des anciennes murailles romaines ! L’ampleur du projet est considérable, et la rapidité de la construction est stupéfiante.

Le château du Hérissé est un modèle de fortifications du XIIIème siècle.

Bâti sur un plan octogonal, le château constitue la partie orientale des murs d’enceinte de la ville, mais est isolé du reste des remparts, par des douves. On se méfie de l’extérieur, mais on s’isole aussi de la ville elle-même.

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La porte principale; flanquée de ses deux tours.

La porte principale, est encadrée de deux tours rondes, défendue par des archères, une herse et un assommoir s’ouvre alors vers l’intérieur de la ville fortifiée, dont elle est séparée par le fossé sur lequel on abaisse un pont-levis, tandis qu’une poterne permet d’accéder à l’extérieur des remparts, dans la campagne boulonnaise, où se développent peu à peu des faubourgs. A la gauche de la grande porte se trouve la salle comtale, la chapelle, les logis, puis les cuisines.

Aucun donjon ne domine le château, mais ce sont neuf tours cylindriques qui le protègent, tandis qu’un chemin de ronde couvert en haut des murs crénelés, dont il ne reste que quelques vestiges, permet la surveillance des campagnes alentour, sur lesquelles la vue est très étendue. Des hourds, ces échafaudages défensifs en bois ou en maçonnerie légère surmontent les murailles.

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La poterne, qui donne accès à la campagne.

Le château est, pour l’heure, imprenable ! Et conforme aux toutes dernières avancées technologiques du siècle…

Le Hérissé, dans la foulée, fait également édifier les châteaux d’Hardelot (qui ne ressemblait guère à l’actuel), et de Calais, puis d’Etaples et d’Hucqueliers.

Le pouvoir royal, bien que considérablement renforcé par son père Philippe-Auguste, est encore bien fragile, et les temps de « l’anarchie féodale » sont encore proches. Déjà, les grands féodaux se révoltent régulièrement contre l’affirmation d’un pouvoir centralisé, et la minorité des petits rois est une occasion qu’ils saisissent sans scrupule. Mais la révolte contre la régente est un échec… Blanche fait libérer certains de ses ennemis, emprisonnés depuis Bouvines, tel le comte Ferrand de Flandres, et peut désormais compter sur leur soutien.

Finalement pardonné pour la fronde contre Blanche, il semble cependant que le Hérissé connaisse une fin tragique. Dans une joute, il tue accidentellement Florent IV de Hollande, est est à son tour tué par Thierry V de Clèves…

Mais son château se dresse désormais à Boulogne, et nous vous conterons la suite de sa longue histoire, dans un prochain article !

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