Jacky Lemaitre : la passion des bunkers et de l’histoire locale.

Jacky Lemaitre

Jacky Lemaitre

Pour continuer à vous offrir de nouveaux portraits de boulonnais passionnés et passionnants, nous avons rencontré Jacky Lemaitre, barman au Chuck Wagon… spécialiste aguerri des bunkers du Mur de l’Atlantique, dans la région, fondateur et président  de l’association Opale Bunker History.

Une belle rencontre, et une interview facile ! Pas besoin, avec Jacky, de poser trop de questions ! L’enthousiasme, la passion, et parfois l’émotion en font un brillant orateur, que nous avons pris plaisir à écouter, en même temps qu’un citoyen engagé dans la redécouverte de l’histoire locale et d’un patrimoine menacé.

Une question, une seule, a suffit à recueillir ses propos : Comment vous est venu ce goût de l’histoire des bunkers de la dernière guerre ? Nous vous livrons sa réponse.

Source : Site Opale Bunker History.

*

 » Ma passion pour la Seconde Guerre Mondiale?

Quand on est gamin, on aime les films de guerre, les fusils, les armes… Mais le déclic, je l’ai eu grâce à mon beau-frère, un parisien, qui venait régulièrement à Neufchâtel, et avec lequel nous discutions à propos les objets de nos collections respectives, puis qui m’a demandé de l’emmener visiter les blockhaus de la région… Un jour, avec des lampes de poche, on y est allé et très vite, on a acheté du matériel, de nouvelles lampes.

C’est aussi à ce moment que j’ai découvert des livres sur le sujet, en librairie, et que j’ai commencé à m’intéresser à la diversité des bunkers du mur de l’Atlantique, à leurs différents types, à leur fonction… Quand on dit « blockhaus », on parle en réalité de constructions très variées.

Peu à peu, c’est devenu une passion, et j’ai commencé à faire mes premières visites seul, sans mon beau-frère, qui venait sur la côte trois ou quatre fois par an seulement. Puis j’y suis allé avec des amis, des clients, en visitant régulièrement les expositions sur le sujet dans la région.

Un jour, je suis allé voir une expo à Marquise, pensant en apprendre davantage sur le sujet, mais il s’agissait d’une exposition de photos, très belles certes, mais ce n’est pas ce que je recherchais. En discutant avec le photographe, j’ai appris qu’il y avait beaucoup de passionnés de blockhaus, et j’ai eu envie d’organiser ma propre expo, plus historique…
Je me suis acheté un nouvel appareil photo, et je suis parti à la découverte des blockhaus de la région, de Boulogne au Touquet. Un an et demi plus tard, en 2005, j’ai pu réaliser mon projet. L’expo s’intitulait « Le Mur à votre porte « …

Je n’avais pas précisément le projet de recommencer, mais des gens m’ont prêté du matériel, et j’ai pu réaliser des décors : des toiles de parachute au plafond, etc…  Avec mes petits moyens, j’ai réussi à attirer la presse régionale.

Je ne voulais pas non plus entrer dans une asso, au départ. Mais j’ai fait des rencontres qui m’ont permis de progresser. Avec Sam, par exemple, un autre passionné, on passait ma journée de repos à fouiller des bunkers, partout sur le littoral…

A l’exposition « Zone d’un Rendez-Vous manqué », en 2006. Source : Opale Bunker History.

Et un an plus tard, en 2006, j’organisais ma deuxième expo, puis en janvier 2007, je créais mon association, Opale Bunker History… Un mot français, un allemand, un anglais.

C’est vrai que je suis un peu chauvin. On parle beaucoup, et à juste titre, du débarquement de Normandie, mais j’étais vraiment désireux de faire découvrir l’histoire locale. Elle est inscrite dans les paysages, et les populations ont tant souffert de la guerre…
C’est pour cette raison que j’ai nommé cette expo « Zone d’un rendez-vous manqué« , afin de mettre en avant le fait que les Allemands se préparaient ici, sur le littoral du Pas-de-Calais, à un débarquement massif. J’avais envie de parler de ma région, de Dunkerque au Crotoy, ce qui ne m’a pas empêché de faire des visites en Normandie, en Bretagne… Même en vacances, la passion de cette période était bien présente.

Au total, j’ai réalisé une dizaine d’expos, avec l’association, chaque fois plus élaborées : des décors de maisons ou de bunkers reconstitués avec des objets d’époque… Aujourd’hui, mon ambition est de disposer d’un lieu d’exposition permanente pour faire vivre un historial sur les bunkers, mais aussi la Résistance, la déportation, les bombardements, les lieux de l’histoire locale pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Sur le tournage de « BunkerArchéologue », par Opale Vision. Source : Opale Bunker History.

Grâce au travail de l’asso, et à des membres journalistes de France 3, nous avons tourné des films, et je suis passé une douzaine de fois à la télé pour parler de l’histoire du Mur de l’Atlantique sur la Côte d’Opale. Aujourd’hui, nous sommes une quarantaine de membres, dont plus de la moitié sont très actifs.
Nous avons acquis des véhicules d’époque, et aussi notre bunker, dans lequel nous organisons des visites guidées. La prochaine aura lieu le lundi 21 septembre. La visite commence à 10h et dure 6h. Il faut emporter son pique-nique. Nous passons une bonne heure sur notre site, puis partons à la découverte d’une zone inaccessible au public, avec l’accord d’Eden62. A la dernière visite, nous avons eu 60 personnes, grâce aux communications de l’office de tourisme de Neufchâtel-Hardelot.
Les belles rencontres se sont succédées : Avec Fritz, un allemand, dont le père était infirmier à Saint-Josse pendant la guerre. Il est devenu comme mon frère… Avec John, un ancien Commando Marines…

Puis a commencé l’aventure de l’Héroïque Bataille, un épisode trop peu connu de l’histoire, que j’ai découvert grâce aux historiens Guy Bataille et André-Georges Vasseur. En mai 1940, la France a été vaincue en trois semaines. Mais on oublie trop vite que l’avancée allemande a été freinée par des soldats français, Le 48ème essentiellement, mais aussi des aviateurs anglais…

On m’a dit, déjà : « On ne commémore pas une défaite ».
Mais ce n’est pas seulement une défaire, c’est un sacrifice : Le 22 mai 1940, pendant 6h, ces soldats ont résisté à l’avancée des Panzers à Neufchâtel.
Je me suis documenté, j’ai même rencontré des fils d’anciens soldats, comme M. Goyat, et nous avons obtenu de la mairie de Neuchâtel-Hardelot, le droit de rebaptiser une rue du village « Rue du 22 mai 1940 ».
Nous avons aussi fait restaurer le calvaire qui s’y trouve et apposer une plaque commémorative : « Aux soldats morts en ce lieux, le 22 mai 1940 », ainsi qu’un panneau explicatif. Je suis très fier d’avoir pu ainsi contribuer à leur rendre ces honneurs, mêmes tardifs. Les commémorations ont été l’occasion de nouvelles rencontres, avec George Mitchell, par exemple, un Belge enrôlé dans la Easy Company, qui a fait Bastogne…
Ce n’est pas de la vanité, mais je suis fier d’y avoir participé. Je veux laisser des traces. Je ne veux pas passer sur la planète sans y avoir agi. Mes petits-enfants et mes arrière-petits-enfants sauront, en passant, dans cette rue et devant cette plaque, que j’ai contribué à sa réalisation. De cela, je suis fier.

Source : Opale Bunker History

Mais un autre projet me tient particulièrement à coeur…

J’ai rencontré Monsieur Paul Lesaunier, un résistant de Neufchâtel. Dénoncé, arrêté, il a été déporté dans le dernier convoi de Loos. Sur les 12 résistants arrêtés dans le village, il est le seul à être revenu des camps. Arrêté, il a été détenu et torturé dans un blockhaus de Neufchâtel, qui servait alors de centrale téléphonique, puis transféré au Haut-Pichot, puis à Montreuil, et enfin à Loos.

Ce vieux monsieur m’a raconté des choses qu’il n’avait jamais dites à ses propres enfants, par pudeur. Et les larmes aux yeux, il m’a expliqué que son vœu le plus cher était de faire de ce bunker un lieu de mémoire en l’honneur de ses onze camarades résistants.
J’étais très ému, et je me suis senti investi de la mission d’acquérir ce lieu et d’en faire un Mémorial.
« Fais-le pour mes copains », m’a-t-il dit, les larmes aux yeux. Il est décédé l’an passé, mais je ne lâcherai pas l’affaire.
Le blockhaus en question est situé sur un terrain privé et, à la mort de son propriétaire, est mis en vente.. La situation s’est compliquée, mais j’ai fait une promesse et j’essaierai de la tenir, pour Monsieur Lesaunier et ses camarades de combat.
Une commune se doit de contribuer à honorer la mémoire de ceux qui ont résisté et en sont morts, et j’espère obtenir son soutien dans ce projet, qui est en même temps devenu une affaire personnelle pour moi.  »

Nous remercions vivement Jacky pour sa disponibilité et sa gentillesse, et lui souhaitons de trouver rapidement un lieu pour son exposition permanente, ainsi que de pouvoir honorer ses promesses, par l’acquisition de ce bunker où douze résistants de Neufchâtel ont souffert, avant de trouver la mort en déportation.

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2 réflexions sur “Jacky Lemaitre : la passion des bunkers et de l’histoire locale.

  1. Que de passion, que de bonne volonté Jacky met à l’ouvrage ! Ses connaissances sur son sujet sont livresques, et l’énergie qu’il met à ses réalisations font que le succès de ses expositions ne se dément jamais. Quel bon esprit, appuyé sur une solide volonté, dédié à ne pas oublier le Passé, la vie de nos anciens.

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