Louis-Napoléon, ou l’improbable tentative de Boulogne.

Louis-Napoléon Bonaparte à Boulogne (Débarquement en Août 1840, Élias Regnault, Révolution française – Histoire de huit ans, t. I, Paris, Pagnerre, 1851.

Louis-Napoléon Bonaparte à Boulogne (Débarquement en Août 1840, Élias Regnault, Révolution française – Histoire de huit ans, t. I, Paris, Pagnerre, 1851.

(Louis-Napoléon Bonaparte à Boulogne (Débarquement en Août 1840, Élias Regnault, Révolution française – Histoire de huit ans, t. I, Paris, Pagnerre, 1851.) Que de gloire, que d’Histoire que le I° Empire ! Les anciens de 1789 ont marché et combattu dans toute l’Europe. Ils ont pu croire que la France vaincrait éternellement… mais la réalité a été beaucoup plus nuancée, et l’élan s’est ralenti puis brisé comme le fait la marée… en 1814, le pays est brisé économiquement, tous ses ressorts industriels sont détendus, la banqueroute menace de partout.

En 1815, Louis XVIII instaure une Monarchie constitutionnelle, et reconnait certains principes de la Révolution. En 1824, lorsque’il lui succède, son frère Charles X essaie d’en revenir à la Monarchie absolue… la participation des Français à la vie politique est limitée par le Suffrage Censitaire. Leurs libertés reconnues sont peu à peu limitées, et on en revient à la Censure… Tout ceci participe à causer de nouvelles de nouvelles tentatives révolutionnaires. 1830, c’est l’année des Trois Glorieuses. A l’issue de l’insurrection parisienne, Louis-Philippe est proclamé Roi des Français. Le pays se retrouve donc avec à sa tête un Roi, sous un Régime parlementaire… la France d’alors permet l’accès aux affaires manufacturières et financières de la Bougeoisie. La Révolution Industrielle se met en place… mais la paupérisation des classes laborieuses, couplée à l’incompréhension totale de nos élites, provoque la fin du Régime… le peuple français aspire à autre chose, la Société française se cherche de nouveaux lendemains… Hortense de Beauharnais, la mère de Louis-Napoléon, s’éteint à Arenenberg, en Suisse, en 1837. La France de Louis-Philippe n’est pas heureuse de la présence de ce Prince Impérial, si près de nos frontières. Les relations entre les deux pays en pâtissent, tant et si bien que Louis-Napoléon fait savoir qu’il va quitter le pays.

En octobre 1838, il s’installe à Londres. En mai 1840, on décide du retour des cendres de Napoléon I° aux Invalides. Le Prince commente : « Ce ne sont pas seulement les cendres, mais les idées de l’Empereur qu’il faut ramener. » Il a eu à cette heure le temps de développer ses idées sociales et libérales pour la France. Elles n’ont rien d’idées guerrières, et témoignent d’une volonté de moderniser le pays, de le réformer. Il songe déjà certainement lui-même à y revenir, pour y prendre le pouvoir. -Il a déjà tenté de renverser la garnison de Strasbourg, en 1836… Le destin vient de décider. L’Histoire en passera par Boulogne.

Trois raisons ont pu l’inciter à choisir cette ville. Elle est proche de l’Angleterre, et le passage en sera facilité. Elle recèle un symbole du pouvoir impérial, avec la présence à Wimille de la Colonne de la Grande Armée. Dernier argument, et non des moindres, les régiments qui lui ont apporté leur appui à Strasbourg, sont maintenant casernés dans le Nord. Contrairement à ce qui a été prétendu, la tentative du coup d’Etat de Boulogne a été bien préparée. Des uniformes ont été confectionnés en Angleterre, et à Londres, on a fait fabriquer des boutons réglementaires du 40° d’Infanterie. Les armes ont été achetées à Birmingham… La petite troupe se prépare à embarquer. Le Prince loue un paquebot pour un mois, à cent Livres par semaine…

C’est le 4 août 1840 que le City of Edimbourg largue ses amarres et suit la Tamise. Aux escales de Blackwell, Greenwich, Gravesend, Ramsgate et Margate, de nouveaux aventuriers embarquent. Ils mettent leur uniforme et prennent les armes sur le pont. Le Prince revêt sa tenue de Colonel d’Artillerie( L’uniforme que portait volontier Napoléon I° aux premières heures de sa gloire… ). Le navire s’arrête face à Wimereux à 02 H 30, et le débarquement commence. De la falaise, les Douaniers ont vu le navire arriver, tous feux allumés. Ils s’avancent, hèlent les personnes débarquées… et sont vite fait prisonniers ! Les conjurés se mettent en route par le chemin de la Poterie, s’arrêtent devant la Colonne de la Grande Armée, s’alignent, et présentent les armes. Ils attachent au haut de la Colonne un drapeau impérial. Ils se dirigent ensuite sur la Vieille Ville de Boulogne avec ses remparts, où deux Compagnies doivent les attendre… Mais le Diable se cache dans les détails… si la poste à chevaux de Brequerecque est prise sans coup férir, le Sergent de Poste de la Place d’Alton ne se laisse pas convaincre, et retarde le groupe, qui a grandi depuis son arrivée dans la ville.

De nombreux civils l’ont rejoint. On décide alors de se diriger sur la Caserne d’Assas, située à l’emplacement actuel de la Poste. Louis-Napoléon nomme Lieutenant les deux Sergents qui lui présentent la Troupe. Ovations des soldats. Et sur ce fait, arrive à la caserne le Capitaine Puygellier. Ce Major de régiment s’interpose, le ton monte, deux soldats le maîtrisent. Louis-Napoléon qui avait sorti son pistolet, tire bien involontairement, et blesse un de ses soldats. Il casse ainsi trois dents et érafle la lèvre du Grenadier-Cuisinier Joseph Geoffroy… La confiance des soldats conjurés faiblit, et déjà certains quittent la troupe. Pendant ce temps, deux Aides de camps qui prennent la direction du Port sont arrêtés par les Gendarmes… La troupe grossie de deux Compagnies remonte la Grande-Rue afin de s’assurer des points stratégiques de la ville. Lorsqu’on passe devant la Sous-Préfecture, le Sous-Préfet en sort, et lance un appel. On l’invective, le Porte-Drapeau le bouscule. Il écrira dans son rapport du matin : « J’ai pris un coup de pied du drapeau. »…

Le Commandant de la place forte, Demarle, alerté par tant d’actions, a pris soin de fermer les portes des remparts. Elles ne s’ouvriront pas… Après une courte réflexion, le Prince décide qu’il faut dans un premier temps prendre le chemin du retour. On passe par l’actuelle Rue du Chemin Vert, et déjà les civils qui avaient rejoint le groupe s’égayent, rentrent chez eux, ou vont là où l’avenir est plus sur… ainsi, on rejoint le port. Pendant ce temps, le Colonel Sansot a rameuté la Garde Nationale boulonnaise… à 08 H 00′ du matin, le Prince et sept autres fugitifs, volent une barque afin de reprendre autrement la marche de leur destin… Alors qu’elle est sur les flots, les Hommes de la Garde Nationale tirent. Le Prince est touché plusieurs fois, sans gravité. Sur l’esquif, l’Intendant Faure crie : « Français ! Ne tirez pas ! » Atteint à la tête, il passe par dessus bord, entraînant dans sa chute le Comte Dunin, qui se noie. Les Soldats repêchent les derniers conjurés, et les mènent à la vieille ville, où ils rejoignent leurs comparses dans les cellules du château-prison. Si elle n’avait coûté aucune vie humaine, l’aventure tragi-comique prêterait à sourire…

Quant au Prince Louis-Napoléon, vite remis de ses égratignures, la Cour des Pairs le condamnera à la détention à perpétuité. Il s’évadera le 25 mai 1846, mais… ceci est une autre histoire !

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