Saint-Pierre d’Audinghen : Ombres, lumière et couleurs

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Saint-Pierre d’Audinghen

Sur la route de la côte, en arrivant à Audinghen, on reconnait de loin son clocher, comme une harpe, où tintent encore les cloches… Sur un littoral martyrisé, nul ne s’étonne de voir une église datant de la reconstruction se dresser dans un village, dévasté par les bombardements, comme tant d’autres.

Mais à l’église Saint-Pierre d’Audinghen, le trésor est à l’intérieur. Il est difficile d’imaginer, à la voir de la route, quelles merveilles d’ombre, de lumière et de couleurs se cachent entre ses murs de béton et de briques… Entrez avec nous dans ce joyaux méconnu du Boulonnais.

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Avant 1943, l’ancienne église Saint-Pierre

L’histoire de l’église Saint-Pierre est bien ancienne, et par deux fois tragique…

En terre saxonne, comme tout le Boulonnais, Audinghen, « Odingehem », tient son nom de ces colons, mi-pirates mi-paysans, venus du Sud du Danemark, et qui s’installent peu à peu dans une région encore peu peuplée.
Dans leurs bagages, ils apportent leurs dieux, dont Wotan, l’Odin de la mythologie nordique… A Audinghen s’élevait encore, au Vème siècle, un sanctuaire à ce dieu très présent, et qu’on continue d’adorer, sous la forme de Saint-Nicolas, son avatar chrétien.

Pour l’Église des premiers siècles du Moyen Âge, rien ne se perd et tout se récupère. Ainsi, la première église d’Audinghen est-elle probablement construite sur les ruines du temple à Odin, dont on ignore la forme originelle. Il est bien plus simple d’assimiler les croyances et les lieux de cultes païens plutôt que de chercher à les interdire…

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Mais c’est pendant la Renaissance, alors que sévit toujours la guerre entre Angleterre et France que l’église Saint-Pierre, maintes fois remaniée depuis, connait l’acte le plus sanglant de son histoire…
En 1544, alors que les Anglais s’apprêtent à assiéger et à prendre Boulogne, ils perpètrent, dans toute la région, de Réty à Wissant, en passant par Fiennes, de sanglants massacres. L’un des pires est perpétré dans l’église d’Audinghen.
Toute la population y est réfugiée, soient 88 paysans, un gentilhomme et une dizaine de soldats. Les mercenaires du roi d’Angleterre cernent l’édifice… La suite plaide en faveur de la « perfidie des Anglois » : Après avoir donné des garanties aux villageois, les soudards respectent leur parole… en envoyant une autre compagnie perpétrer le massacre à leur place ! Nul n’est épargné, malgré la fureur des femmes qui défient les soldats, pour sauver leurs enfants de la mort. La guerre s’achève enfin par le traité d’Outreau, qui oblige le roi de France Henri II à racheter la ville de Boulogne 400 000 écus d’or.

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Les siècles s’écoulent de nouveau sans drame pour la petite église d’Audinghen, au rythme des vagues qui se brisent sur les rochers du cap, jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale.
Le Cap Gris-Nez, qui se trouvent sur le territoire de la commune, est un enjeu stratégique, où se concentrent les forces allemandes, en l’attente d’un débarquement dans le Pas-de-Calais… Le village entier et son église en subissent les conséquences, tandis que la population est évacuée massivement. D’Audinghen et de Saint-Pierre, il ne reste rien en 1945.

Après-guerre, il tarde aux habitants du village, retrouvant un tas de ruines, de reconstruire leurs maisons, mais aussi leur église… Reconstruire à l’identique ? Ou décider de rompre avec le passé ?

 

C’est la seconde solution qui est adoptée, quand le projet est accepté en 1954, même si toutes les œuvres qui peuvent être récupérées dans les décombres retrouvent leur place dans le nouvel édifice. Le chantier ouvre enfin en 1959.

Ce sont des artistes célèbres qui sont chargés de cette reconstruction… L‘architecte, Alexandre Colladant, fait de cette église un puits de lumière qui s’élève peu à peu vers le ciel, dans un plan triangulaire isocèle, empli de symbolisme chrétien, l’entrée se trouvant à la pointe du triangle. Ouverture, lumière, et élévation de l’âme, exaltée par la beauté du lieu…


La peintre Geneviève d’Andreis réalise la fresque de 200m² qui prend place derrière l’autel.  


Sur les murs de la nef, un magnifique Chemin de Croix, réalisé par Marc Barbezat, auteur également de la girouette ornant le clocher, alterne avec les statues plus anciennes récupérées dans les ruines.

Le mobilier liturgique est l’oeuvre du sculpteur Eugène Gallé.


Quant aux deux vitraux latéraux, représentant la Vierge à gauche et le Martyr de Saint Sebastien à droite du choeur, ils sont signés l’un par Alexandre Colladant, et l’autre par Geneviève d’Andréis… qui se marient quelques mois plus tard.

 

Classée en 2006, la petite église cache ainsi, en son sein, des trésors de couleurs et de lumière, sans qu’on puisse le deviner de la route…

Si vous passez par Audinghen, poussez ses portes et voyez la lumière, rouge et bleue, qui caresse doucement ses bancs de bois…

 

 

 

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2 réflexions sur “Saint-Pierre d’Audinghen : Ombres, lumière et couleurs

  1. L’église est jolie, quand elle révèle ses trésors de l’intérieur. Vue au dehors, elle semble parfois incongrue, parois belle… Saint-Pierre d’Audinghen n’est pas qu’une église ; elle est un chemin. Le lieu est « habité »… l’architecte s’est-il laissé inspirer par ces coquillages marins, qui cachent leurs trésors au centre de leur manteau, enfermés dans une coquille sombre et râpeuse ? Dans son cimetière, c’est face à la mer que le grand Raoul de GOEDEVARZVELDE a trouvé son dernier repos… merci pour ce bel et bon article, bien illustré, qui n’oublie ni l’Histoire, ni l’esthétique.

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