Des goélands et des Hommes…

Goéland - La Crevasse à Equihen

Goéland – La Crevasse à Equihen

Sujet  très polémique, la cohabitation entre les goélands et les humains, sur tout le littoral, semble poser de plus en plus de difficultés… Nuisances réelles ? Sans doute…
Seuil de tolérance de plus en plus bas ? C’est très probable…

Aux Yeux Dans La Hune, on s’interroge sur les causes de ce débat houleux, sans complaisance… ni pour les uns, ni pour les autres !

Qui sont-ils, ces drôles d’oiseaux ?

Parfois, en marchant tôt dans les rues de Boulogne, on pourrait se croire dans le film d’Hitchcock, les Oiseaux. On se sent observés, du haut des toits et des réverbères, tandis qu’on entend résonner, dans la lumière blafarde du petit matin, des hurlements stridents et sinistres… Mais laissons là les références cinématographiques ! Le goéland argenté qui peuple nos côtes est un animal sauvage… dont le mode de vie s’adapte au nôtre.


Laurus Argentatus, de son petit nom, il appartient à la famille des Laridae, comme sa cousine mouette, et se décline en de nombreuses sous-espèces, selon son origine géographique.
Son nom commun de goéland lui vient du verbe breton  qui signifie « pleurer », gouelan, par référence à ses cris plaintifs.
Grand voilier et bon marcheur, il est, comme nous, un omnivore à forte tendance carnivore, et devient parfois charognard.


D’une envergure parfois très impressionnante, pouvant atteindre 1,60m, il est apte à planer, au ras des vagues comme en altitude et joue volontiers avec le vent, capable de prouesses que lui envient d’autres espèces bien moins douées pour le vol.

Son bec fort et crochu, jaune taché de rouge sur la mandibule inférieur chez le mâle, lui sert autant d’arme de chasse que d’outil. Il n’hésite pas à lâcher, en vol, un coquillage pour le briser sur les rochers et le déguster tranquillement.

En quatre ans, son plumage gris de juvénile laisse place à son beau costume blanc, gris et noir au bout des ailes, qui sied à son œil jaune et vif.

Capable d’atteindre 40 km/h en vol, il sait aussi chasser sa nourriture en marchant, se dandinant très légèrement dans les flaques et sur les plages. Il se nourrie de mollusques, crustacés, insectes, vers de terre, mais aussi œufs et oisillons, proies qu’il dispute fréquemment à ses congénères, provoquant des querelles mémorables et bruyantes…

C’est un oiseau bavard, en effet, capable de vocaliser longtemps et dont les conversations se composent de jappements, de cris stridents, de longues clameurs.
« aow-kayïï-kao-kao-kao-kao« . Ainsi les ornithologues transcrivent-ils son cri le plus célèbre.
Et ce sont parfois de vraies conversations qui animent les groupes, où l’on se chamaille et où l’on discute volontiers, déployant une gamme de sonorités très variées… si on prend la peine de les écouter !

Oiseau très sociable, il vit souvent en colonie. Malheur à ceux qui s’approcheraient un peu trop des nids, installés savamment sur les corniches de certains bâtiments de Capécure, comme sur les flancs des falaises du Blanc-Nez : Il pourrait bien se voir poursuivi par les adultes de la communauté.
Pénétrer dans les deux mètres réglementaires qui séparent les nids expose les contrevenants à des  réactions violentes…
Ces bandes regroupent quelques dizaines d’individus, mais peuvent en compter des milliers. Il côtoie volontiers d’autres oiseaux de mer, comme les cormorans, les mouettes et les sternes, même si cette cohabitation se solde parfois par des luttes de pouvoir sans pitié…

Il est plutôt fidèle, le goéland, et il retrouve son partenaire habituel chaque année, au moment des amours, rejoignant dès décembre son lieu de nidification. La formation des couples ne concerne que les jeunes lors de leur premier cycle de reproduction, ou les plus expérimentés, dont le partenaire est mort pendant l’année.
La femelle prend les devants, réclamant, comme le font les poussins, le nourrissage et l’accouplement de la part des mâles. Madame Goéland n’a pas froid aux yeux ! C’est le « nourrissage de cour », qui doit être abondant et diversifié pour plaire aux dames, et leur permettre de pondre trois beaux œufs, qu’elles couvent une trentaine de jours et qui éclosent en avril. Bien souvent, un seul de ces trois petits atteint l’âge adulte…

Les mâles les plus efficaces dans ce nourrissage de cour, qui savent combler les femelles de leurs bienfaits, sont aussi les plus impliqués dans la construction et la surveillance, partagée dans le couple, des nids et dans l’éducation des oisillons.

Lorsqu’un des parents chasse, l’autre veille, prêt à chasser en piqué tout intrus, qu’il soit oiseau, chien ou homme, en poussant un cri strident.

Et l’éducation n’est pas négligée, dans la famille goéland…

Les bébés, rapidement, doivent apprendre à rester dans le périmètre de leur nid, pour survivre aux attaques d’autres goélands… Quand ils sont en âge d’apprendre à voler de leurs propres ailes, au bout de six semaines, c’est sous la surveillance accrue de leurs parents, qui cessent cependant de les nourrir quelques jours après leur premier envol…

Une vie de liberté et de grand vent, qui dure une douzaine d’années, bien que certains individus, apprivoisés surtout, atteignent l’âge canonique de quarante ans, voire plus !

De quelles nuisances notre camarade à plumes se rend-il coupable, pour attirer sur lui les foudres des Boulonnais et la vindicte populaire ?

Poubelles éventrées ?
Bombardements intempestifs de fiente ?
Cris et hurlements capables de réveiller tout un quartier au petit matin ?

Certes, la cohabitation n’a jamais été facile avec les pêcheurs !
Depuis toujours, les marins se plaignent de ces prédateurs qui n’hésitent pas à piller les filets, et les ponts, lorsque les bateaux reviennent au port… Rivalité bien naturelle ! Il n’était déjà pas rare, il y a trente ans déjà, d’entendre un de nos marins parler du sort qu’il réserverait aux goélands s’ils parvenait à les attraper…

Mais pourquoi cette défiance naturelle s’est-elle a ce point généralisée ? Et pour quelles raisons nos goélands sont-ils devenus les pillards qu’on dénonce avec hargne ?

Notre mode de vie à nous, humains, a également évolué… et en particulier notre gestion des déchets. 

Comme l’explique Frédéric Malher, vice-président du Centre ornithologique Ile-de-France (Corif), dans son blog Les Oiseaux en villeles villes sont colonisées depuis une vingtaine d’années, sur le littoral mais aussi de plus en plus loin à l’intérieur des terres. Pourquoi ?

En cause, la pêche industrielle, qui s’est développée au cours des années 70, offrant aux oiseaux de mer la possibilité de se nourrir sans mal sur les décharges, permettant à une population, pourtant menacée au début du XXème siècle, de prospérer…

Une vie plus facile pour nos Laridae, mais en rupture totale avec le mode de vie sauvage de l’espèce…

Une grande partie des goélands a alors cessé ses migrations d’hiver, et a pris ses quartiers dans nos villes, se nourrissant sur les trottoirs, et éventrant volontiers les sacs-poubelles.

Et nos habitudes alimentaires ne sont pas étrangères au phénomène. Des quantités industrielles de nourriture sont jetées, ce qui était impensable, il y a encore quelques décennies !

De même, l’incivilité que constitue le fait de déposer ses poubelles dans la rue très tôt, la veille du ramassage des ordures, s’est généralisée également…

Les goélands se sont évidemment adaptés à ces évolutions… Mais quelles solutions adopter pour limiter ces nuisances ?

Il y a ceux qui prônent des solutions radicales et violentes… Dans une société où règne la violence sociale, les propos de ce type se généralisent… Certaines communes, comme Trouville en Normandie, proposent l’usage de drones pour les empêcher de nuire, tandis que des collectifs de riverains vengeurs demandent l’éradication de ces « rats du ciel »…

Des solutions plus humaines, qui visent à encourager nos goélands à renouer avec leurs racines sauvages existent, cependant… Des solutions qui dépendent de nous tous :

  • Jeter moins de déchets alimentaires, dans l’industrie agro-alimentaire comme à la maison ! Il faut vous rappeler la recette du pain perdu ?!
  • Ne déposer les poubelles que quelques heures avant le passage des éboueurs, et le matin, quand c’est possible…
  • Utiliser, pour déposer nos sacs de déchets, une poubelle « en dur », qui ne peut être éventrée et moins facilement renversée.
  • De la part des autorités, favoriser la pêche traditionnelle… On en est très loin, et les marins-pêcheurs de Boulogne ont payé cher le prix des quotas qui favorisent les navires-usines…

Et puis… Ne pas se tromper de colère… Il y a des sujets polémiques qui en masquent d’autres, comme l’arbre cache la forêt.

En ces temps de crise, de chômage, de pauvreté croissante, de menaces de licenciements, mais aussi dans une société au mode de vie et de consommation aberrant, qui produit des milliards de tonnes de déchets… et met aussi des hommes et des femmes au rebut en les privant d’emploi et de dignité, il y a des raisons d’être en colère !
Mais il semblerait que les goélands n’y soient pas pour grand-chose, en réalité…

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