Saint-Nicolas ? Et qui d’autre ?

11215464_1651301151756201_1636957541_o Photo F.D. pour les Yeux Dans La Hune
La fête de Saint-Nicolas, n’en déplaise aux Santa Claus d’outre atlantique et autres Pères Noël commerciaux, qui en sont d’ailleurs les héritiers illégitimes, constitue un temps fort dans nos traditions, à Boulogne-sur-mer et dans tout le Boulonnais.

Quel margat de Boulogne n’a pas assisté au défilé du premier samedi de décembre, les yeux émerveillés, en regardant l’homme en rouge descendre, par la grande échelle d’un camion de pompiers, du toit d’un fameux magasin de jouets de la rue Nationale ? Ou ne s’est précipité pour attraper les bonbons lancés du char lumineux ? Ou, plus récemment, n’a eu les étoiles qui s’allument dans les yeux, depuis que le feu d’artifice accompagne le départ de Saint-Nicolas sur un bateau, pour clore le défilé ?

Et si vous demandez aux plus anciens d’entre nous, ils vous parleront de l’époque où Saint-Nicolas leur apportait des cadeaux, tandis que les festivités de Noël étaient dévolues uniquement à la religion… C’est le soir du 5 décembre qu’ils accrochaient leurs chaussettes sur la cheminée et y trouvaient le lendemain des figurines en sucre ou en guimauve, et un Saint-Nicolas en pâte soufflée, au glaçage coloré, pour les plus sages, ou un morceau de charbon ou une pomme de terre pour les autres. De mémoire de Boulonnais, on ne se souvient pas qu’il en fût autrement… Ni que l’homme à la crosse ne fût indissociable de son pendant maléfique, effrayant les chenapans notoires, le Père Fouettard.

Et nous ne sommes pas les seuls à le célébrer, malgré la disparition progressive des traditions populaires au profit de la débauche commerciale de Noël. Les Lorrains, les Belges, les Hollandais, les Luxembourgeois, et les Allemands, fêtent aussi, avec faste parfois, depuis le Xème siècle, ce moment dédié aux enfants.

Ce que nous en retenons, c’est évidemment l’histoire de cet évêque Nicolas de Myre, évêque d’Asie Mineure, dont une phalange arrive de Bari, au Xème siècle, justement, pour enrichir la collection de reliques du duché de Lorraine, et pour servir de base à la construction de la Cathédrale de Nancy… De source officielle, alors, l’arrivée de cette relique fonde la tradition… C’est certes un peu plus complexe, et les célébrations précèdent sans aucun doute la notoriété de cet évêque oriental dans les régions où le culte est encore vivace.

Alors, cet évêque de Myre ? Quels récit hagiographique fait de lui ce fameux « patron des écoliers » et grand-maître d’une fête enfantine ?

Né en Lycie, dans l’actuelle Turquie, dans les années 250, il devient archevêque de Myre, en Anatolie, alors que le christianisme est encore persécuté, dans l’Empire Romain, encensé par les récits pour sa générosité et sa magnanimité, protégeant ses ouailles de la famine par ses largesses… Des miracles, des sauvetages, y compris posthumes, puisqu’il est souvent invoqué pendant tout le Moyen Age, et la lutte contre cet autre christianisme qu’était l’arianisme, rien ne diffère vraiment de tous les récits hagiographiques de l’Antiquité tardive, dans son histoire.

Mais c’est un autre élément de sa vie qui est transmis, de manière transfigurée par la transmission orale, dans la tradition boulonnaise de Saint-Nicolas. Il sauve, en effet, trois jeunes gens, officiers de l’empereur Constantin Ier, et accusés d’avoir ourdi contre la vie de celui-ci, de l’exécution. A la veille de leur mise à mort, dont on ne connaît pas les savoureux détails, mais qui auraient dû répondre aux trésors d’invention que les Romains déployaient pour supplicier leurs ennemis, les trois officiers, dans la tour où ils sont détenus, prient et Saint-Nicolas reçoit en rêve ces pieux SOS… Le rêve est contagieux, et l’empereur rêve à son tour. L’innocence des trois hommes lui semble alors incontestable, et frappé par la grâce, il les libère et écrit à l’évêque Nicolas, lui demandant humblement de lui pardonner cette funeste erreur judiciaire.

Et c’est dans cet épisode de la vie de Saint-Nicolas qu’il faut chercher l’étonnante variante des trois enfants, découpés en morceaux par un boucher sanguinaire, puis sauvés du saloir, et recollés par le bon évêque… La disproportion des personnages, dans les icônes byzantines, représentant Nicolas bien grand par rapport aux trois soldats, est peut-être pour quelque chose dans cette étrange confusion…

Qui ne connaît, à Boulogne, le chant traditionnel de Saint-Nicolas et du boucher ?

« Boucher, boucher, ne t’enfuis pas,
Repens-toi, Dieu te pardonn’ra. »
Saint Nicolas posa trois doigts.
Dessus le bord de ce saloir :

Le premier dit: « J’ai bien dormi ! »
Le second dit: « Et moi aussi ! »
Et le troisième répondit :
« Je croyais être en paradis ! »

Mais allons un peu plus loin, et interrogeons-nous sur les raisons de la diffusion de ce culte au gentil évêque de Myre, dans toute l’aire de civilisation germanique, jusqu’aux rivages de Boulogne, terre de colonisation saxonne…

Une phalange pour tout instrument de célébrité ?

Quand on connaît la propension de l’Eglise, au Xème siècle encore, comme depuis le début du Moyen Age, à récupérer les croyances païennes à son profit, cela semble assez peu crédible. Toutes nos fêtes chrétiennes, les traditions qui s’y rattachent, de nombreux cultes aux saints, des lieux sacrés, sont en réalité bien plus anciens, et la fête de Saint-Nicolas, dans les terres du Nord de l’empire carolingien, même divisé, n’échappe pas à la règle. En grattant un peu le vernis de la christianisation, c’est tout autre chose qu’on peut trouver derrière la tradition…

Bien avant la christianisation complète du Boulonnais, un autre personnage mythique hante encore les mémoires de la population…

Devinette !

Allez, on essaie de deviner, maintenant, les Moussaillons !

Comme le Saint-Nicolas des premiers récits, il monte un cheval blanc à huit jambes, appelé Sleipnir, et capable de voler dans le ciel…

Comme le Saint-Nicolas bienfaiteur des enfants sages, il vole au-dessus des toits, dans une chasse sauvage, et on lui fait des offrandes, à lui et à son cheval…

Au contraire de Saint-Nicolas, il ne porte ni la crosse ni la mitre de l’évêque, mais un chapeau pointu et une lance magique, appelée Gungnir ! (Non, ce n’est pas Gandalf, mais Tolkien, en effet, s’en est inspiré!)

Comme Saint-Nicolas est accompagné, dans certaines régions, par deux Pères Fouettards, les « swarte piet » des Flandres, les « Pierre Le Noir » de Wallonie, il est renseigné sur tous les fait et gestes des mortels par ses deux corbeaux, Muninn et Hagin, et n’hésitera pas à frapper de sa colère les malfaisants.

Comme Saint-Nicolas, son culte était particulièrement célébré à la fin de l’automne, jusqu’à l’épiphanie, avec comme point d’orgue, Jul,  le 21 décembre, pour l’entrée dans l’hiver. C’est d ‘ailleurs aussi pendant ces festivités qu’un sapin, symbole de la résistance végétale face à l’hiver, était décoré… Et nul doute, pourtant, il n’y avait pas de sapins à Bethléem, pour faire de l’ombre à la crèche…

Alors, vous avez deviné ? Il s’agit d’Odin, plus probablement appelé Wotan par les Saxons qui s’invitent très tôt, au cours du Haut Moyen Age, dans notre ville et sa région.

Derrière l’histoire de Saint-Nicolas, ce sont des racines bien plus profondes que l’on atteint ainsi. Et l’on pourrait faire la même analyse de la tradition des Guénels, dont les origines remontent aux coutumes de  la fête celte Samain et s’apparentent à l’Halloween des Anglo-saxons…

Mais ceci est une autre histoire, qu’on vous racontera aussi !

ASL

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