Les quilles-en-l’air d’Equihen

Les Quilles-en-l'air du camping municipal d'Equihen

Les Quilles-en-l’air du camping municipal d’Equihen

Tout le monde les connait, dans le Boulonnais, les fameuses quilles-en-l’air d’Equihen. Les sept qui ont été reconstruites font, à juste titre, la fierté du camping municipal de La Falaise…
Mais, avant de devenir un atout touristique, elles ont une histoire, qui témoigne de la vie difficile des marins les plus humbles d’Equihen, trop pauvres pour se construire une maison. Remontons un peu le temps pour découvrir leur histoire.

Implantation franque, Equihen s’est longtemps appelée Enkinguehem, « la maison des gens de Enko« , du nom du clan qui s’y est implanté, et si on trouve mention de ce nom pour la première fois dans lors de la première réunion des Etats d’Artois en 1338.
Et dès ses origines, hameau d’Outreau avant de devenir une commune à part entière en 1939, le village d’Equihen est tourné vers la mer.

Sur sa plage, se sont également, de façon régulière, échoués les navires ayant perdu leur combat contre la tempête, comme une partie de l’Invincible Armada? Et dans les maisons des pécheurs, le bois de ces bateaux a toujours été utilisé comme matériau de construction…

Jean-Charles CAZIN (1841-1901), La plage d'Equihen, huile sur carton marouflé sur toile.

Jean-Charles CAZIN (1841-1901), La plage d’Equihen, huile sur carton marouflé sur toile.

Equihen était un port d’échouage… Vous vous souvenez, nous avions évoqué cette technique de mise-à-terre en vous parlant des flobarts, dans un précédent article…
C’est donc grâce à la marée que flobarts et harenguiers étaient remontés sur la plage, puis, à la force des bras, calés sur la colline puis, après sa construction vers 1880, sur le perré, situé sur l’actuel parking de la plage.

Aussi les coques s’usaient-elles vite.

Mais les bateaux n’étaient pas perdus pour tout le monde…
Les familles les plus pauvres les retournaient, et comptant sur l’étanchéité de la coque, s’en faisaient une habitation. Passées au goudron, elles étaient traînées jusque sur les hauteurs surplombant la plage, et constituaient un quartier entier d’une vingtaine de maisons.

Pas encore des attractions touristiques...

Pas encore des attractions touristiques…

On y vit plus que modestement, dans les quilles-en-l’air. Quand les hommes partent en mer, les femmes et les enfants travaillent aussi comme pêcheurs à pied, une immense épuisette sur le dos, ou vont louer leurs bras dans les villages alentour…  Toutes les photographies conservées de ce quartier témoignent de cette pauvreté et de la difficulté de la vie des Equihennois les plus pauvres.

Les intérieurs sont exigus, et sombres, même si une fenêtre est souvent percée dans la coque, et le confort y est sommaire.

Intérieur d'une quille-en-l'air.

Intérieur d’une quille-en-l’air.

Une famille, devant sa quille-en-l'air : une vie de labeur...

Une famille, devant sa quille-en-l’air : une vie de labeur…

Qui connait les hivers de la Côte d’Opale, et surtout le vent d’Ouest qui souffle sur nos côtes imagine aisément les conditions de vie de ce petit peuple de la mer. Et si tous participaient à la survie de la maisonnée, peu ont connu autre chose que le travail, chaque jour de la semaine et chaque semaine de l’année, pendant une vie entière…

Avant de pouvoir aller à l’école, grâce aux lois Jules Ferry, avant de pouvoir jouer, insouciants, sur la belle plage d’Equihen, les enfants étaient à la peine, comme leurs parents…

C’est une si jolie station balnéaire, Equihen, aujourd’hui…. Mais il n’est pas certain que la contemplation de ses magnifiques paysages ait été d’un grand réconfort, dans les siècles passés, pour tous ses habitants.

Coucher de soleil à Equihen, été 2014.

Coucher de soleil à Equihen, été 2014.

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5 réflexions sur “Les quilles-en-l’air d’Equihen

  1. Article très bien fait. L’endroit est connu a pu abriter aussi, il y a longtemps, des « naufrageurs », ces gens qui aidaient au naufrage des navires en allumant des feux sur la côte, à des endroits stratégiques. Mais, qu’on n’en pense aucun mal ; ces faits sont avérés au Moyen-Âge, sur toute la Côte Atlantique et de Manche, Mer du Nord, d’Hendaye à Dunkerque. Autres temps, autre mœurs. Quel bel article. 🙂

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  2. Ils n’ont fait que faire ce qu’on fait en ces temps tous les gens des côtes. Les temps étaient très durs, et les villageois, du Nord au Sud, avaient bien de la chance quand ils arrivaient avant les Hommes de leur Seigneur. Les Seigneurs, ces Rois de la Côte parmi les pillards…

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