Voyage chez les Feume s’pipe !

Glossaire du patois boulonnais - Ernest Deseille

Qui sont donc les marins du boulonnais de la fin du XIXème siècle ?

En juin, nous vous parlions de l’équipage du Bateau 101 et du Glossaire du Patois des Matelots Boulonnais d’Ernest Deseille. Depuis juin, il était temps d’y revenir et d’évoquer les portraits de marins brossés par Deseille !
Pêle-mêle, on trouve donc…

Le servicier, qui revient du service militaire et qui a vu du pays ! Il en garde une discipline militaire Bateau de pêche Boulogne-sur-meret des histoires à raconter. Jeune, il montre souvent « une certaine coquetterie de tenue » et se mariera bientôt… Mais, nouveau à bord, il y a peu, pour l’instant, à dire sur lui.

Ce n’est pas le cas de l’intrépide, qui en a vu d’autres et ne craint rien. Deseille rapporte un amusant dialogue imaginaire avec un marin. Lui demandant si il ne craint pas d’aller en mer, ou sont morts son père et son grand-père. « Ou est mort votre père, à vous ? ». « Dans son lit », répond Deseille. « Et votre grand-père ? ». « Dans son lit aussi ». « Je ne comprends pas que vous osiez vous coucher dans un lit si fatal pour les vôtres », répondrait l’intrépide.

Le rigolo du groupe, c’est le bon zigue, constamment de bonne humeur ! « Aux environs de la Noël », raconte l’auteur du glossaire, il s’approvisionne « ou ça n’est pont trop çer ! ». Sympathique et prompt à trinquer, le portrait lui attribue également une naïveté à moitié réelle, à moitié par connivence dans une anecdote : pendant qu’il négocie avec un marchand, qui prétexte qu’une de ses étoffes est trop belle pour sa femme et lui. Elle s’enflamme ! « Quément qu’o dites dont ! Trop biau ! Est-ce qu’o n’peuvons pont acater comme les autres nous ? » ; « Hé ben ! Pour vous preuver qu’ment qu’o sommes, c’est c’ti lale qu’o prindrons ! ». Et le marchand de vendre une de ses étoffes et d’en tirer un bon prix…

Le loustic, c’est un comédien ! Il fait des farces et joue des tours, et si possible, aux bourgeois en priorité, puisque Deseille décrit une inimitié fondamentale entre le marin et le bourgeois. Aussi, le loustic se venge de lui en s’en amusant. Considéré comme un intrus, le bourgeois, qui s’imagine être supérieur aux marins, est forcé de se raviser une fois en mer ! Le loustic se moque plus ou moins gentiment en lui transmettant de fausses connaissances. « Plus on lui en fait avaler, plus l’équipage jubile. [ …] au retour, il se croit bien instruit. »

Electre_978-2-84265-561-7_9782842655617Le répilleux n’est pas sympathique. Mécontent, soupçonneux, il se plaint toujours et se méfie, craignant après chaque pêche d’être trompé. Il n’a certainement pour seul compagnon que le zaloux, qui déploie des trésors d’ingéniosité et n’hésite pas à frapper sur un simple soupçon pour protéger ce qui est sien – sa femme en premier lieu, qu’il enferme le temps de sa pêche ! Ni l’un ni l’autre ne font long-feu sur un bateau, leur compagnie n’étant sans doute pas des plus agréable…

Toujours parmi les mauvais compagnons, le ladadious, toujours malade, et le licheur, véritable sangsue qui s’introduit dans l’équipage à la place d’un absent après « une bitture à tout casser » et dont on se débarrassera au plus vite. L’viu, finalement, est un ladadious qui utilise son âge pour se justifier d’être incapable !

Et pourtant, le dur à cuire le fait mentir : si le ladadious fait l’viu en prenant de l’âge, celui qui a été dur à cuire le reste ! « Jeune, il roulait pieds nus, maintenant, il retire encore ses souliers pour être à l’aise ». Et en plus de ça, il est insensible au froid, au chaud, à la pluie, au vent, et même aux maladies ! Et si quelqu’un ne l’est pas ? Ce n’est pas un homme !

Et puis, reste le cambusier, peut-être le plus important, puisqu’il a la tâche difficile de nourrir et d’abreuver tous ces braves gens… Et qu’ils en soient contents, encore.

Pour conclure, encore une fois, nous ne pouvions pas ne pas vous proposer quelques expressions typiques du boulonnais…

Aussi, au lieu de s’aviner, il faudra « jouer dé l’trompe ed’marine ». Mais quand même, gare aux sang-boulant, dans ce cas ! Sa gifle devient une paraviré… Et attention, elle a fait mouche et elle est parée à virer.

Et voilà la fin de notre voyage chez les Feume’s’pipe. Pour l’instant.

Et pour lire le livre d’Ernest Deseille, c’est ici !

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