Gil Franco, artiste, républicain, espagnol, et boulonnais.

Gil Franco

C’est un temps que beaucoup, comme dans la chanson, « ne peuvent pas connaître »… Celui où, rue Faidherbe, sur la place jouxtant le théâtre, se tenait une boutique bien connue de tous, la bijouterie « Gil Franco ». De cela, certains se souviennent sans doute. 
Peu, en revanche, savent encore que Gil Franco était un artiste de grand talent, touchant avec bonheur à tous les domaines des arts plastiques, peintre, céramiste, sculpteur… ni qu’il faisait partie de ces 440 000 réfugiés espagnols qui ont quitté leur pays devant l’avancée des troupes franquistes, puis pendant la dictature qui s’installe après la chute de la jeune République Espagnole.

C’est une vie de roman, celle de Vicente Gil Franco…

Né à Jativa, en Catalogne, le 28 février 1898, fils de modestes commerçants en fruits, il reçoit à l’école des Beaux-Arts de Valence, puis à Barcelone, sa formation artistique, et plus particulièrement en sculpture.
A 20 ans, après la mort de son père, il faut bien vivre et c’est pour faire les vendanges qu’il quitte sa Catalogne natale pour le Roussillon, animé par ses convictions antimilitaristes. Après un passage à Paris, il devient marbrier dans le Nord, à Cambrai, Douai, Valenciennes, puis à Lille, avant de découvrir le Boulonnais.

Portrait de pêcheur, huile sur panneau.

C’est en 1925, grâce à un de ses camarades, étudiant en médecine à Lille, Robert Vrasse, qu’il découvre la Côte d’Opale, et surtout Boulogne et Equihen. Le coup de foudre semble immédiat puisqu’il s’installe un an plus tard dans un atelier, sur les falaises d’Equihen, fasciné par la vie des pêcheurs et le petit monde de la marine.

Ce sont des années de vaches maigres pour l’artiste, mais, par sa gentillesse, il marque l’esprit des habitants d’Equihen, avant de s’installer à Boulogne et parvient peu à peu à faire des rencontres passionnantes dans le milieu artistique de la ville, comme celle du peintre Georges Griois. Il vend également des maquettes à la faïencerie de Desvres Fourmaintraux qui lui commande des statuettes.

*

En 1936, les Républicains défendent ville par ville leur république contre les troupes du Général Franco, soutenu par l’Allemagne, dont quatre escadrilles de la légion Condor de la Luftwaffe feront, le 26 avril 1937, de la ville basque de Guernica un cimetière à ciel ouvert.
Gil Franco vole au secours de sa République, comme le font aussi des milliers de jeunes Français engagés dans les Brigades Internationales.
Il y est commissaire aux Beaux-Arts, et dépeint, dans le style de Goya, l’horreur des combats et des massacres que subit le peuple espagnol.
En 1938, cependant, l’espoir n’est plus permis, et il rejoint désormais les centaines de milliers de républicains espagnols contraints de quitter leur pays… La plupart s’entassent dans des camps de réfugiés, en France. Gil Franco, lui, revient à Boulogne, où il épouse Georgette, rencontrée à l’Aquarium, Quai Gambetta, où il présentait ses œuvres lors d’une exposition de céramique.

La criée, huile sur toile.

Comme les autres Boulonnais, il est rattrapé par la guerre…

En mai 1940, sa maison de Pont-de-Briques et la plupart de ses œuvres sont détruites par les bombardements.

Rendu suspect par son soutien à la République espagnole, il est convoqué deux fois à la Kommandantur. 

Il sait alors qu’il encourt l’expulsion vers l’Espagne, ou bien pire encore. Son épouse est alors enceinte de leur premier enfant, et il choisit de quitter la ville pour se réfugier dans l’Aveyron, où nait Catherine, sa première fille, devenue artiste, elle aussi.

A la Libération, il travaille à Paris, et réalise notamment 20 bois gravés sur l’univers concentrationnaire dont le monde vient de découvrir les sinistres réalités.
Mais quand il rentre à Boulogne en 1947, il retrouve une ville en ruine. 85% des bâtiments sont détruits…

Le fort d’Ambleteuse, huile sur toile.

Cependant, le temps est à l’enthousiasme comme à la reconstruction !
Et plus que jamais, Gil Franco se remet à créer, remettant sans cesse son style en question. Céramiques, gouaches, huiles…
Son sujet de prédilection est la mer et ses travailleurs. Bientôt, il rencontre un succès croissant, qui lui permet d’acheter la boutique où il expose ses œuvres.
Certains Boulonnais se souviendront aussi des fresques qu’il réalise dans le bar d’un des cinémas de la ville, le Coliseum, qui se trouvait alors derrière le théâtre, quartier chaud par excellence, dans les années cinquante… L’auteure de cet article, qui a eu la chance de les contempler, avant la destruction de cette salle de spectacle et de cinéma, en garde un souvenir ému…

Le 6 novembre 1959, Gil Franco, grand nom de l’art d’Après-Guerre à Boulogne, Républicain, Espagnol, et Boulonnais, finit par quitter Boulogne et le monde…

Le Château-Musée de Boulogne garde jalousement une partie de son oeuvre, et nous vous invitons vivement à les découvrir, les Moussaillons !

La Porteloise, céramique de la faïencerie d’art Fourmaintreaux.

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2 réflexions sur “Gil Franco, artiste, républicain, espagnol, et boulonnais.

  1. Quelle vie passionnante. Pauvre et attiré par le monde de la mer, je comprends qu’il se soit installé à Equihen à cette époque. Il a du se sentir très vite chez lui, il a été bien accueilli… Je me rappelle du Coliseum. Beaucoup de souvenirs s’effacent petit à petit de la ville… Une partie des réalisations de Gil FRANCO est parfois visible à Desvres, au Musée de la Faïencerie.

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