A travers le temps… les Corsaires de Boulogne.

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« Le retour des corsaires ». Tableau de Maurice ORANGE, propriété de l’État Français, en dépôt au musée de GRANVILLE.

Une confusion existe dans certains esprits. Nous le rappelons ici, un corsaire n’est pas un pirate. ( ! ) Si le tenant du second terme est considéré -à juste titre à notre avis, comme un bandit, c’est bien parce que le pirate, sans foi ni loi, n’opère qu’en son propre compte. Ce bandit des mers attaque tous types de navires, dès lors que la prise lui semble de bon rapport. Il n’est pas intégré dans une chaîne de commandement. Il se débarrasse généralement des prisonniers de faible prix, et ne garde en vie que les personnalités susceptibles d’être rançonnées. Si ce gibier de potence est capturé, aucune Convention ne le protégeant, il finit généralement pendu ou exécuté d’une autre façon séance tenante. La sanction est de bonne guerre. Qui a écumé les mers va nourrir l’écume.

Aucun point commun ne rapproche pirates et corsaires, si ce n’est le fait qu’ils naviguent parfois sur les mêmes mers. Le Corsaire, qu’il soit personne civile ou militaire détaché, agit au nom de son pays. Son donneur d’ordre est le Roi, le Directoire, un Consul, ou encore le Gouvernement de la République. La garantie de son statut est la Lettre de Marque, qu’il conserve toujours précieusement sur lui lorsqu’il est en course. S’il vient à être capturé, la condition de Prisonnier de Guerre ainsi que les Honneurs de celle-ci lui sont accordés. Sa course se fait de terme à terme, et sa Lettre de Marque en précise les dates. Lorsqu’il revient en port ami, ses prises sont évaluées et consignées par le Tribunal de Prise. Il empoche avec son équipage le produit de ses captures, divisé par parts attribuées à chacun. En dehors de leurs courses, qui sont donc des opérations de guerre, les corsaires sont généralement pêcheurs, pilotes…

Vous ayant déjà entretenu de quelques-uns d’entre eux, nous vous raconterons dans le futur ce que fut la vie de certains autres. Célèbres encore aujourd’hui, l’Histoire leur a fait ses hommages mémoriels. Cependant, les luttes sur la mer ne furent pas que leur exclusivité. Ceux dont nous voulons vous parler ici, se sont les malchanceux, les sans-noms, au cruel et court destin, ou encore ceux, pragmatiques, qui pour s’enrichir, firent feu de tous bois sur la Manche pendant une seule course, ou quelque-unes. Ils ont été corsaires, ne fut-ce qu’un jour, ou une semaine. Ils furent la Course. Et à ces patriotes aussi, il faut rendre hommage en n’oubliant pas leurs noms, ni ce qu’ils furent.

Commençons par l’un de ces étrangers qui, pour des raisons personnelles, rejoignirent la France dans son action militaire dans la Manche… Firmin AUCOIN est l’un de ces Acadiens chassés de ses terres par la guerre. Poussé à partir  de son logis par les Anglais, sa famille arrive à BOULOGNE alors qu’il n’a que 2 ou 3 ans. Il reçoit des armateurs HARELLE et MOLEUX-CROUY le Commandement de L’Escamoteur en 1798( An VI ). Il met cette année à profit pour effectuer sa première prise, le Sloop La Providence chargé de pierres. Il commande Le Poisson volant, équipage de 30 Hommes, en 1799, et prend L’Harmonie. Il prend encore, prés de la côte anglaise, Le Berry( un Brick ) et le Nelly( un Sloop ) chargés de Pois, de Fèves et de Blé, le 21 Prairial de la même année. Sa carrière de Corsaire s’arrête après qu’il eut pris Les Frères, le 13 Messidor. La prise lui a ramené 452872,06 Francs.

Pierre-François BACLIN, margat de Saint-Nicolas, est né le 6 mai 1761. Il est de l’équipage de L’Escamoteur en tant que Capitaine de Prise, commandé par AUCOIN, en l’An VI( 1798 ). Il est Lieutenant à bord du Furet en l’An VII, et Premier Lieutenant en l’An VIII sur Le Bien-Informé( Commandant ROBERTSON ). Il prend le commandement de ce navire en cours d’année. Pour en arriver à cette promotion, il a du s’évader, prisonnier des Anglais qu’il fut un court temps. On le retrouve Deuxième Lieutenant à bord du Voltigeur en l’An XIV( 1806 / 1807 ), Commandant Nicolas FOURMENTIN( un des frères du célèbre « Baron BUCAILLE » ). En 1807, il prend les Nancy, Fame, Éléonore et Francis. C’est avec Le Duc de DANTZIG qu’il prend le William & Henry, en compagnie d’autres corsaires. Il reçoit personnellement à la suite de cette prise 220 250,21 Francs. Ses courses s’arrêtent à ce moment.

Robert BOUCHARD est né le 5 mars 1777 à BOULOGNE. Il est marié à Françoise DUCHAUCHOIS( le père de la dame est « Receveur de la Loterie Nationale » ). Par trois fois, le marin commande les courses du Coureur. Du 5 Messidor au 13 Fructidor An VIII( 24 juin au 31 août 1800 ), il prend le Fox. Du 5 Vendémiaire au 30 Brumaire An IX( 27 septembre au 21 novembre 1800 ), il prend deux Smogglers. Du 5 Frimaire au 29 Nivôse An IX( 26 novembre 1800 au 19 janvier 1801 ), il prend le Caledonia, armé de huit canons, qui sera vendu 603 807,53 Francs. Sa dernière capture sera le Helen et Marie, qui rapportera 39818,95 en Floréal An IX( avril / mai 1801 ).

Achille-Gabriel BOURGAIN est né le à BOULOGNE le 26 février 1778. Il est marié à Marie-Antoinette VICTOIRE-LEPRETRE, qui a six ans de plus que lui. Lors de la création de la Flotille de BOULOGNE, il est l’un des marins qui sert le canot de l’Empereur. Son poste ne l’empêche pas de partir en course à l’occasion. En 1808, Second de Jean FOURMENTIN( frère du célèbre Jacques-Oudard FOURMENTIN ), il remplace le Commandant à bord lorsque celui-ci est blessé. Il finit la Course en assurant l’intérim du Commandement. En cette occasion, il prend le Hesslewood( vendu 149,966 F ), La Minerve( en collaboration avec La Princesse de Pologne, Commandant Pierre BROQUANT ), le Phénix( en collaboration avec Le Père de Famille, Commandant SAUVAGE ), et La Vengeance( Commandé par le Capitaine ROUTTIER ), vendue 6694,45 F. Il termine cette course par une prise de plus en solo, l’Engelsbash, vendu 18801,38 F. La mer comme la fortune, impose des revers parfois tragiques. Blessé en montant à l’abordage, il a eu les poignets coupés. Il meurt des suites de ses blessures le 29 janvier 1809. Le surlendemain, le navire qu’il commandait le rejoint en coulant.

Un homonyme du précédent, Jacques-François BOURGAIN, est né le 23 janvier 1770. Il s’est marié à Louise SOUBITEZ le 16 Frimaire An IV( 7 décembre 1795 ), mais est devenu rapidement veuf. Il s’est remarié à Marie-Jeanne POLET le 16 Prairial An VI( 4 juin 1798 ). Sa carrière de corsaire commence assez mal, puisque sa première prise, alors qu’il commande Le Marsouin, est un Sloop… vide. Lors de la deuxième course de L’Intrépide( 16 canons, 73 hommes d’équipage )qu’il commande, il prend La Marie, vendue 624081,39 F. On ne le retrouve corsaire qu’en 1808, alors qu’il commande le Vengeur, 17 canons, 74 hommes d’équipage. Pas de prise reportée dans cette campagne.

Bibliographie :   -Échec à NELSON -( Les Corsaires Boulonnais de la Révolution à l’Empire ). ABC2E

Webographie :  -http://www.descendants-capitainescorsaires.org/res_recherche.php

-http://data.bnf.fr/12007694/tribunaux_de_prises/

A SUIVRE… D’autres corsaires…

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