Thermidor An IX… Nelson est vaincu.

canonnière, année 1808.

canonnière, année 1808.

Rappelons-nous de ce temps… Louis XVI avait chargé La Pérouse de découvrir des terres vierges, pour faire suite aux missions de Bougainvillé décidées par Louis XV…

L’expédition pour l’indépendance des Etats-Unis d’Amérique avait permis à notre Marine de Guerre de prouver sa supériorité sur l’Anglais. Au large d’Ouessant, notre flotte tenait tête à l’Ennemi et l’Admiral Keppel passait en Conseil de Guerre à son retour au Royaume Uni…

Lors de la bataille de Chesapeake, l’Admiral Graves fuit avec sa flotte sous la poussée de celle, magnifique, de l’Amiral De Grasse… privée de la logistique apportée par la Navy, l’armée de Cornwallis capitule à Yorktown le 17 octobre 1781…

Aux Indes, c’est Suffren qui affronte sans relâche la Marine anglaise et prend le plus souvent le dessus lors de ces combats.

Le 20 mai 1783, les Anglais signent avec la France le Traité de Versailles. Ils veulent protéger leur Navy en mettant fin aux hostilités.

Parmi les pays qui pouvaient prétendre au rang de puissance maritime, la France était première. Nous étions quasi-invaincus sur mer, et au pire, nous pouvions temporiser, ou obtenir une sortie honorable, non une défaite stratégique. La Marine de Guerre française était l’outil d’une puissance indiscutable. Un formidable instrument pour faire porter la voix du pays sur toutes les mers du globe.

Mais cette Marine, aussi puissante fut-elle, était affligée d’une lourde tare, comme allaient le révéler les évènements survenus pendant la Révolution Française… privilège de l’aristocratie, il fallait quelques quartiers de noblesse pour commander sur un navire. En 1789, si l’abandon des postes n’eut pas lieu immédiatement, en 1792 la désertion est généralisée. A peine plus de 20 % des Amiraux est encore présent à Brest, plus de 16 % des Contre-Amiraux, et plus de 56 % des Officiers sont en position d’ « absence sans congé ».

De plus, malgré ses victoires multiples, la Royale a souffert : en 1799, il ne reste à la République que 36 vaisseaux de ligne en état de naviguer… contre 202 à la Royal Navy…

L’Assemblée s’inquiète, et décide d' »ouvrir directement le Commandement à tous ceux qui ont reçu une éducation honorable »… il faut du temps pour remplacer les Officiers disparus, et les diverses formes de Gouvernement qui vont prendre les rênes du pays jusqu’au Consulat vont essayer plusieurs solutions. Parmi celles-ci… Se limiter à des missions de raids puissants et lointains, et… la course. Bonaparte va formellement déconseiller les raids lointains, il estime la logistique propre à ces missions au dessus des capacités de la France.

Dans le même temps, les Anglais s’inquiètent d’une possible descente française sur leur ile ; ils la mettent en défense. Le Royal Canal est creusé de Folkestone à Rye, la côte se hérisse de Martello Towers équipées d’artillerie, les château de Dover et fort de Deal sont renforcés… le rassemblement d’une escadre est terminé en 1801. Ces « Sea fencibles » devront surveiller l’activité française sur mer, et défendre les côtes anglaises au besoin.

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Amiral De La TOUCHE-TREVILLE.

En 1795, la constitution d’une flottille avait été arrêtée côté français pour raisons économiques : le Trésor était vide. Mais Bonaparte en constitue une seconde en 1797. Latouche-Tréville en est désigné Commandant en Chef. On construit 270 bateaux entre Dunkerque et Saint-Brieuc. On les répartit en 13 Divisions. Ces unités sont des chaloupes-canonnières et des bateaux-canonniers, propres à la manœuvre rapide, et au choc, à l’abordage… en bref, des navires de course. On réquisitionne des navires, qui deviendront des transports de troupes, ou des bateaux-écuries… Dix-huit siècles se sont évanouis depuis la Classis Britannica , et à nouveau une formidable armée se rassemble à Boulogne, en vue d’envahir les iles britanniques. Même si le passage des Caps Blanc-Nez et Gris-Nez sont périlleux, ces petits navires, en provenances du Havre, de Calais, ou construits sur place se mettent en place sans grande difficulté. Ils sont petits, rapides, et quand ils louvoient, les canons de bords anglais les ratent toujours, en autorisant certains à répliquer, parfois avec un certain succès. Ainsi le 18 juillet 1801, l’Espagnol Mirales réussit à rejoindre, avec Le Volcan, L’Inabordable, L’Éclatante, La Méchante, L’Incommode et La Surprise. Il a été aidé par les batteries du Cap Gris-Nez et du Cran aux Oeufs. Les 17 navires de guerre anglais qui tentèrent de lui barrer la route ne purent rien faire.

Horatio Nelson

Horatio Nelson

Une flotte de nombreux petits navires est maintenant rassemblée à Boulogne, et Nelson a quitté l’Angleterre avec son escadre. Il est décidé à calmer les inquiétudes du Cabinet britannique en lançant une offensive majeure sur l’essaim de petites embarcations. Il vient amenant avec lui 3 vaisseaux de ligne, 3 frégates, 5 bombardes, et 30 canonnières pour renforcer l’escadre qui surveille déjà la Côte française… Latouche-Tréville, inquiet, a formé une ligne d’embossage avec 7 canonnières et 18 bateaux plats. 38 pièces de gros calibre barrent donc l’entrée du port, appuyées par les batteries de terre de Capécure et Boulogne. Sur ces petits bateaux, sont embarqués les maîtres-pécheurs et matelots de la ville. Des avisos dont les équipages sont de même provenance circulent, prêts à intervenir si la ligne craque… Le 15 thermidor An IX( 3 août 1801 ), les bâtiments anglais attaquent la ligne d’embossage à l’Ouest. Seuls quelques coups de canon sont tirés. L’ennemi a testé la portée de son artillerie. Les défenseurs en alerte, savent que l’engagement sera pour demain… Le 4 août, le feu anglais commence dès cinq heures et demie du matin. Il durera jusque neuf heures du soir. La plupart des 900 bombes tomberont entre les navires français, et le rivage… un bateau-obusier français coule ; les détonations dans l’eau ont ébranlé le calfeutrage de sa coque, encore frais. L’équipage change de navire… trois bateaux plats sont encore endommagés, et La Méchante reçoit une bombe qui n’explose pas. Les marins la jettent à la mer. Le combat qui vient de commencer va durer 16 heures, et les marins français embarqués ne pourront se servir de leurs pièces ; la poudre qui leur a été livrée est de trop mauvaise qualité. Alors, pendant que les batteries de terre tirent sur les navires anglais, ils restent à bord, jouent aux cartes, aux dés, boivent de la bière… Le combat de ce jour ne fera même pas de blessés parmi les Français. Du côté anglais, une canonnière a été touchée, et les pertes de la journée se montent à un Officier et six matelots… étrange prélude…

Jacques-Oudard Fourmentin

Jacque-Oudard FOURMENTIN, Baron BUCAILLE.

Le 15 août, Jacques-Oudard FOURMENTIN, patron de pêche et corsaire boulonnais, rejoint le navire de l’Amiral Latouche-Tréville en mer. Au commandement de son aviso, il a vu les manœuvres de l’Anglais au large. Celui-ci a amené une flotte de navires légers. Il conseille d’amener de l’Infanterie à bord des navires français, immobilisés par leur stratégie de défense. 4000 Fantassins anglais sont prêts à s’avancer en silence, la nuit prochaine. Les rames de leurs navires ont été enveloppées de chiffons. Ils ne savent pas que les soldats des 46°, 57°, et 108° Demi-Brigades françaises les attendent de pied ferme à bord des esquifs de la ligne de défense. Ces derniers ont été cerclés de filets anti-abordage. Le Capitaine FOURMENTIN place les chaloupes-aviso qu’il commande en avant de la ligne d’embossage. Des fusées éclairantes sont à leur bord pour donner l’alerte. A ce signal, les batteries de terre entreront en action pour tirer sur l’Anglais…

A minuit, un bruit de rame… une fusée éclaire le ciel nocturne… une canonnière française est capturée par l’Anglais… qui, se voyant découvert, rame à toute force pour entamer le combat. Il est accueilli par une grêle de balles, d’obus, de mitraille. Il est repoussé deux fois de L’Etna, commandée par le Capitaine de Vaisseau Pévrieux, Commandant de la rade en personne. La Surprise, attaquée par sept péniches anglaises, en coule quatre, et capture les trois autres. Sur toute la ligne, militaires et civils, en infériorité numérique, repoussent les soldats en habit rouge. Les ponts deviennent des champs de tuerie… les Anglais s’accrochent aux filets qui les empêchent d’aborder… ils y sont percés de coups de lances et de baïonnettes… Matelots, pêcheurs et soldats bleus lancent sur eux à la main les boulets de canon du bord… certains témoins dirent alors que le combat étaient au delà du carnage… Jacques-Oudard FOURMENTIN n’a de cesse de crier à ses Hommes : « Bucaille ! Bucaille ! … »( « Frappez! Frappez !… », en patois boulonnais )en abordant les navires de sa Majesté qu’il investit. -Plus tard, se remémorant cet épisode, Bonaparte devenu Napoléon l’élèvera au Titre de Baron Bucaille.

A quatre heures du matin, les soldats et marins anglais battus sur toute la ligne se retirent. Le Soleil levant découvre une centaine de petits navires endommagés qui s’éloignent, survivants ébréchés… les Français pleurent la perte de onze tués et vingt-deux blessés. Les Anglais eux, avouent 172 Hommes perdus. On estime le coût de leur mésaventure au double…

Cet engagement, qui peut sembler inutile au regard de l’Histoire, a eu quelque chose de bon… des préliminaires de paix furent signés entre Anglais et Français le premier octobre 1801. En attendant… le Traité d’Amiens, paix trompeuse et de courte durée, signé le 25 mars 1802… la France va pouvoir souffler un peu… profiter des fruits de la Paix, enfin.

C’est en septembre suivant, sur un ordre donné par Paris, que la flottille victorieuse fut désarmée.

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