La (trop) courte histoire boulonnaise de Pilâtre de Rozier

Aéro-montgolfière Splendide vue du ciel et située à quelques encablures de l’Angleterre, la Côte d’Opale peut se vanter d’avoir été souvent aux premières loges dans l’histoire de l’aviation. De grandes premières, comme le transmanche de Louis BLERIOT et de son Blériot XI, des démonstrations technologiques, comme l’E-fan d’airbus, premier avion à propulsion 100% électrique à traverser la manche ; ou Yves ROSSY , « Jetman », qui la traverse en portant une aile rigide dotée de réacteurs qui le propulsent à près de 300 km/h ! En 1907, Boulogne a déjà son aéroclub, et c’est deux ans plus tard que Ferdinand FERBER, pionnier de l’aviation française, perd la vie à la Semaine de l’aéronautique de Boulogne sur mer, tentant de remporter un prix de vitesse. Plus tôt encore, c’est également à Guînes que se termine l’impressionnant vol de Jean-Pierre BLANCHARD, qui relie l’Angleterre à la France en ballon en 1785. Il est alors en concurrence avec Jean François PILATRE DE ROZIER, qui décède en tentant de réaliser le trajet inverse, plus périlleux…

Qu’en est-il de cette tentative manquée mais fondatrice ?

Jean-François PILATRE DE ROZIER naît Pilâtre Desroziers, nom qu’il transformera en 1780 pour le rendre plus aristocratique, à Metz en 1754. Ses parents sont alors aubergistes et rien ne prédispose l’enfant, jugé par ses professeurs « étourdi, dissipé, ardent aux plaisirs et rebelle à l’étude » (comme le rapporte Emile Begin, historien lorrain), apprenti apothicaire, à devenir le premier aéronaute de l’histoire. Il envisage même un temps de s’enfuir en Russie, apparemment en conflit avec son père. Celui-ci le met finalement à la porte, exaspéré par ses frasques dont on ignore les détails.

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Pilâtre de Rosier soufflant de l’hydrogène sur une flamme. Il aurait surement fait un grand cracheur de feu…

 

 

Il se rend donc à Paris, ou il passe quatre ans à travailler chez des apothicaires, dont un, le maître Pierre-François MITOUART, lui vient en aide et l’introduit dans la société scientifique. A 22 ans, il décide cependant d’étudier l’ensemble des sciences exactes. Passionné de physique et apothicaire de formation, il est vite repéré et rencontre Antoine LAVOISIER, chimiste génial, ainsi que le marquis de LA FAYETTE. Il écrit en 1777 des « Observations sur le pyrophore » – en fait l’hydrogène, qu’il ne publiera finalement jamais mais qui, assurément, le servira dans ses expériences de ballons gonflés à l’hydrogène.

 

 

C’est certainement sa connaissance de l’hydrogène qui lui permet d’entrer au service des frères Montgolfier quand ils viennent présenter leur engin à Paris en 1783. Il est ainsi présent lors du premier vol habité de l’appareil. Habité, certes, mais habité par un mouton, un canard et un coq ! Le roi Louis XVI refuse de reconduire l’expérience en faisant voler des humains, craignant un accident. Le physicien, passionné et aventurier, ne peut s’y résoudre ! C’est avec l’aide de Marie-Antoinette d’Autriche que PILATRE DE ROZIER parvient finalement à le faire céder. Les 15 et 17 octobre 1783, il participe à un vol captif – l’appareil est retenu par des cordes de 30 mètres ; le 18 novembre, il devient le premier aéronaute de l’histoire en volant une vingtaine de minutes non-loin de Paris en compagnie du marquis d’Arlandes.

Il s’illustre à Lyon en 1784 en volant dans une montgolfière d’un volume par dix fois supérieurs à celle des premiers essais ! Il emporte six passagers pour un vol… Qui tourne court puisqu’une déchirure se forme dans le ballon, qui retombe lourdement après 12 minutes dans les airs. Pour autant, PILATRE DE ROZIER n’est pas découragé ! Guidé par sa soif de découverte et d’aventure, il continue les vols et, le 23 juin 1784, bat tous les records : à bord du Marie-Antoinette, il s’élève de 3000 mètres et parcourt 52km en quarante-cinq minutes !

Mais ce n’est pas encore assez pour le premier aéronaute de l’histoire, qui, 124 ans avant Blériot, ambitionne de rattacher l’Angleterre au continent. Pour réaliser ce projet, PILATRE DE ROZIER utilise sa connaissance de l’hydrogène pour mettre au point une solution innovante et bien en avance sur son temps : c’est l’aéromontgolfière, aussi appelée… Rozière. Il superpose une charlière (ballon sphérique) à une montgolfière cylindrique. L’ensemble mesure 22 mètres de haut et s’avère résolument moderne.

 

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Carte commémorative de la tentative de Pilâtre de Rozier

Notre pionnier attend donc des vents favorables pour décoller. Cela arrive finalement le 15 juin 1785. C’est aussi le jour qui clôt sa trop courte histoire boulonnaise. Il décolle avec son compagnon, Pierre ROMAIN, mais après avoir parcouru 5 kilomètres, un vent d’ouest les repousse et ils s’écrasent à Wimille, à 300 mètres du rivage. Son appareil est probablement victime d’une avarie technique : en effet, l’aéronaute ronge son frein depuis janvier 1785 lorsqu’il s’envole. Mais entre temps, l’engin est resté à l’atelier, peu entretenu. L’almanach de l’Artois, en 1785, rapporte ainsi qu’il hésite encore, mais que ce sont les moqueries de certains habitants quant à ses reports à répétition qui le poussent à finalement se « jeter à l’air » autant, certainement, que sa propre impatience. Il évoque aussi des erreurs de conception : l’aérostat n’est dirigeable que dans l’axe vertical ! En effet, PILATRE DE ROZIER pense pouvoir se diriger grâce au seul vent en choisissant son altitude, supposition spécieuse d’après l’almanach.

Pris dans des vents hostiles, le ballon ne se comporte pas comme prévu et se déchire probablement en son sommet. Le gaz s’enfuit et, l’espace d’un instant, le ballon s’enflamme et chute de 1500 mètres. Après avoir vécu dans les airs, PILATRE DE ROZIER y trouve la mort : il s’asphyxie avant de toucher terre. Pierre Romain, lui, meurt à l’impact. Et douloureusement, si l’on en croit l’almanach, qui évoque un fémur « remonté au dessus des hanches » !

Pour autant, aventurier, PILATRE DE ROZIER a indubitablement joué un rôle central dans la conquête du ciel : audacieux et persévérant – acharné, même, il cherche à innover et à partager sa passion pour l’appareil, donnant de sa personne dans des vols dangereux… Jusqu’à ce que sa soif de conquête ne l’emporte avec elle.773px-Aviation_fatality_-_Pilatre_de_Rozier_and_Romain

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