Une vie de mer… Jacques BROQUANT.

« Vent du Nord perdu, va le chercher au Sud. » -C’est ainsi que s’adressait le corsaire Jacques BROQUANT à l’Empereur qui l’avait envoyé chercher, pour lui demander conseil sur son projet de descente en Angleterre. Il lui conseillait ce moment de l’année, qui arrive une dizaine de fois, pour débarquer sur les côtes du Kent, entre deux tempêtes.

Exemple de Brick

Exemple de Brick : Somers, starboard side, under sail. 10-gun brig. Starboard side, under sail. 1842. Artwork

C’est à 10 ans que Jacques a commencé le métier de la mer, comme mousse. Travaillant dur, il gagne l’estime de tous les patrons avec lesquels il part en mer.

Sous le Consulat, il fut l’un des premiers à monter ces navires armés en course contre l’Anglais. Il a le Grade de Lieutenant en Second. Avec Le Sauvage, commandé par le Capitaine POLLET, il prend un gros navire de commerce britannique… qui battait pavillon américain. La ruse n’a pas pris.

Il prend encore deux galiotes, deux bricks, et plusieurs petites unités. Il arrive même à amariner( prendre le commandement et remplacer l’équipage )un grand corsaire anglais. Sa lettre de marque et ses canons n’ont servi à celui-ci qu’à être reconnu « prisonnier de guerre »… quelle proie de choix.

Nommé Capitaine à son tour, il reçoit en commandement Les Cinq Amis. Opérant dans les eaux de BOULOGNE, de CALAIS et de DUNKERQUE, il affronte plusieurs fois la Navy, et s’en tire toujours assez bien( quelques mats ont pu être arrachés par la canonnade, et il a été blessé une fois, à l’oreille )…

Il se marie le 20 nivôse An VI( 9 janvier 1798 )avec Marie-Jeanne ALTAZIN( d’une autre famille de mer bien connue dans les environs, qui comptera dans ses rangs plusieurs corsaires. Décidément… ). Peu après, il reprend la course. Il commande l’un après l’autre le Requin, le Prosper et Les Deux Raccrocheuses.

Durant un Hiver, il mouille à BOULOGNE, avec quatre autres bateaux. Il quitte la réunion de nuit, et va se loger en travers d’Etaples. Le vent fraîchit alors, et tourne Ouest-Sud-Ouest, amenant une brume épaisse… c’est décidé, BROQUANT met le cap sur l’Angleterre et part en chasse de l’ennemi. Après environ 5 lieues, le vent tourne, et le brouillard disparait rapidement… pour révéler deux cutters anglais, qui foncent de toutes leurs voiles sur le corsaire. On ne peut les éviter, ils sont bien trop rapides… leurs 26 canons ne laissent pas douter de l’issue du combat. C’est par la manœuvre qu’il faut s’échapper. Quelques boulets sont envoyés sur le Français. Celui-ci est légèrement abimé. Les deux Anglais se sont bien rapprochés… A portée de voix, l’un des Officiers de Sa Majesté appelle les Français : « Amenez, Messieurs les Français, ou nous vous coulons ! » Le Capitaine corsaire comprend qu’il a affaire à l’Officier commandant. Il saisit une carabine du bord, et l’abat. Ce Captain à la mauvaise fortune sera le seul mort de l’affrontement. La vitesse et la maniabilité du corsaire permet à Jacques BROQUANT de s’échapper.

Pline Photo personnelle, GNU Free Documentation License

Exemple de Brick. Pline Photo personnelle, GNU Free Documentation License

Sa carrière de corsaire va connaître un triste sort en l’an XII de la République( 1803 / 1804 ). C’est alors qu’il commande La Raccrocheuse, et accepte un armement à CALAIS, qu’il va être vaincu. En quelques jours de mer, il a déjà fait plusieurs prises, dont un transport de 400 tonneaux chargé de toile de Russie. Pourtant bien commencée, la campagne amène son bateau dans la zone de contrôle d’une frégate anglaise, The Favorite. Tant il est vrai que sur mer comme sur terre la loi du plus fort l’emporte dans le combat qu’on ne choisit pas, Jacques BROQUANT, son équipage et son navire sont à leur tour prisonniers des Anglais.

La Navy a la garde des ennemis capturés. Sa méthode est de les enfermer sous surveillance sur les pontoons( les pontons sont des navires réformés, sur lesquels tout a été récupéré, et qui, amarrés au rivage, servent de plateformes fixes -de camps de prisonniers, dans ce cas ). De tentatives en tentatives d’évasion, Jacques BROQUANT finit par être transféré sur le Glory, un des pontons les mieux surveillés, à CHATHAM. Il y passe sept ans…

Il arrive que la Justice anglaise le requiert, pour un témoignage. Le cotre qui le transfère à DEAL s’arrête pour passer la nuit. Mettant à profit l’étape, Jacque BROQUANT, accompagné de Colin DELPIERRE et de Nicolas FOURMENTIN, se glisse dans le canot du navire. Les trois Hommes coupent le cordage de l’esquif, et mettent voile vers la France. Cette voile, fabriquée dans une toile, attachée à un aviron pour mât, va les ramener prés des côtes du Portel. Des pêcheurs leurs viennent en aide, Jacques est reconnu. On lui donne une vraie voile, et les évadés peuvent rejoindre ensuite le village. Plus tard, il viendra remercier les marins qui l’ont aidé, et leur fera don du canot volé à la Marine britannique.

Le Capitaine Jacques BROQUANT s’était essayé fort jeune au sauvetage, lorsqu’il avait aidé l’équipage d’un navire anglais drossé à la côte, au Moulin WIBERT. Sa carrière de corsaire, et surtout son long emprisonnement, l’ont aidé à évoluer. C’est maintenant au sauvetage que cet ancien loup de mer va se dédier.
Sous la pluie, le vent, dans la tempête, son dévouement sera sans borne. Il sauvera d’ailleurs souvent des marins anglais, même en temps de guerre. Un jour que les événements l’ont amené prés des côtes anglaises, il va sauver un pêcheur anglais. Il reçoit les félicitations du Commissaire Principal de la Marine.

Il n’est pas décoré tout de suite de la Légion d’Honneur, tant pour ses faits d’arme que pour l’abnégation et le courage montrés lors de ses missions de sauvetage. Il a en effet refusé de subir l’enquête préliminaire nécessaire. Il recevra donc la décoration en l’An XIII, le 18 Brumaire exactement. Quand est posée la première pierre de la Colonne de la Grande Armée, c’est l’Amiral BRUIX qui la lui remet.

A la Restauration, Jacques reprend la mer pour quelques saisons de pêche au Hareng. Puis il est nommé Maître de port en 1828. Efficace et bon, il est regretté par tous les marins lorsqu’il abandonne ses fonctions en 1836. Sa santé est devenue défaillante… on le consulte encore en raison de sa connaissance de la mer proche, de son expérience, et il est appelé à faire partie des Commissions du port, de l’anse du Portel, et à celles relatives à la visite des navires.

Retiré des affaires de la pleine mer, Jacques BROQUANT s’éteint le 18 juillet 1861. Il venait d’avoir 89 ans.

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