Chacun sin pain, chacun s’n’héring !

Et le hareng sort… de son fumoir.

A Boulogne, et sur toute la Côte d’Opale, on connait cette expression, une manière de dire « chacun son truc », en quelque sorte, ou encore « chacun les siens » ou « chacun comme il le veut »… Mais qui se souvient encore que cette expression nous vient du Moyen Age, et rend hommage à la comtesse Mahaut de Boulogne ?

Mahaut de Boulogne, née en 1202, qu’on nomme aussi Mathilde, est la fille de ce fameux Renaud de Dammartin, qui eût la mauvaise idée de se faire du terrible pirate boulonnais Eustache Le Moine, puis du roi de France Philippe-Auguste, des ennemis redoutables Nous vous racontions il y a peu qu’il avait bien mal fini, dans les geôles royales, après la bataille de Bouvines de 1215.

Fille de Renaud, devenu comte de Boulogne, par la grâce de son mariage avec Ide de Lorraine, elle devient elle-même comtesse et se retrouve mariée, par le roi qui a vaincu son père, de manière bien stratégique, avec son fils bâtard, Philippe Hurepel.

On ne se marie jamais par amour au Moyen Age… C’est juste bon pour les romans de chevalerie, où les histoires d’amour finissent mal, en général ! On fait alliance entre deux comtés, on réalise une OPA matrimoniale sur le comté voisin, et on chasse abondamment la veuve ou l’orpheline quand elles sont dernières héritières d’une lignée et de ses terres.

L’emprise de Philippe-Auguste sur le comté est en réalité absolue. Ce n’est d’ailleurs qu’à la mort de celui-ci que son fils Hurepel commence réellement à exercer le pouvoir.
Mais quand il meurt, en 1234, la régente, Blanche de Castille marie l’infortunée Mahaut avec le futur roi du Portugal, Alphonse III. Mahaut, comtesse de Boulogne, devient reine du Portugal, pour être finalement délaissée et répudiée par son époux…
Pour les Boulonnais, cependant, Mahaut est restée dans les mémoires; et même dans les chartes, il est question du temps de la Comtesse Mahaut, comme d’un âge d’or, de paix et de prospérité…

Alors, vous vous demandez d’où vient notre expression imagée ?

Annuellement, la pieuse Mahaut faisait don aux plus pauvres, d’un pain et d’un hareng, et cette aumône se nommait « la partie Mahaut »… Chacun repartait alors avec son pain et son hareng. Et même si ce don fut changé en espèces sonnantes et trébuchantes, à l’époque moderne, la tradition se perpétua, et les Boulonnais gardèrent le souvenir du héring et du pain de la comtesse…

A sa mort, en 1259, une grande tristesse s’empare de la ville, et un poète dont l’histoire n’a pas retenu le nom s’adresse ainsi à la mort, pour lui demander des comptes :

Nous avés tolu, a desraison,

dont Bolenois avoit le haut renom,

la comtesse qui Dex face pardon!

Le comté se retrouve dans héritier direct. De tous les enfants qu’elle a eus, avec Renaud de Dammartin puis avec son petit roi du Portugal, seuls deux ont survécu. La querelle de succession est âpre, et son dernier fils survivant, Albéric, comte de Clermont, abandonne à sa sœur toutes ses possessions et part vivre outre-Manche.

C’est une branche cadette de la famille de Dammartin à qui échoie le comté, en la personne d’Adélaïde de Brabant, soeur cadette d’Ide de Boulogne, veuve du comte d’Auvergne, ouvrant ainsi la voie à une nouvelle dynastie auvergnate des comtes de Boulogne…

Sceau de Mahaut 1253 (brun, ∅ 95 mm). Photographie d’après original, Archives du Pas-de-Calais, cote A 12/16

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