Jean Baptiste Pollet, une vie de corsaire.

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« Le retour des corsaires ». Tableau de Maurice ORANGE, propriété de l’État Français, en dépôt au musée de GRANVILLE.

Nombreux furent les braves, à courir la mer, et la fortune, à Boulogne. Certains eurent une carrière brève, qu’elle fut marquée par la malchance, ou qu’elle ait atteint son but rapidement. D’autres, eurent tout à loisir d’écumer les mers et les terres de nombreuses années. Jean-Baptiste POLLET fut de ceux-ci.

Né à Boulogne le 30 avril 1757, il fut baptisé en l’église Saint-Nicolas comme tant d’autres… Il était le fils de Nicolas POLLET, matelot, et de Marie PINCET. De son mariage avec Madeleine GOURNAY, il aura Jean Jacques, qui sera lui-même en quelque sorte un héros d’épopée. Toute sa vie, ses familiers l’ont appelé le plus souvent « Baptiste ».
Les guerres de la Révolution mettront à contribution Jean-Baptiste, sitôt son retour de la guerre d’Amérique -les 17 combats auxquels il a pris part lors de ce conflit ne l’ont pas décidé à quitter la carrière… On le trouve donc aussitôt embarqué, pour quatre ans et demi, sur le Courageux, Le Souffleur, et l’Enflammée. Sa réputation grandit, et Robert CARY l’engage comme maître d’équipage à son bord, sur l’Unité. Il s’y fait remarquer par sa valeur au combat, lors de la prise du Swan. Il se signalera encore lors des prises du Wallois et du Dorothée, ce dernier étant pris à l’abordage.
La preuve de son courage étant désormais faite, c’est en Capitaine corsaire qu’il dirige les deux premières courses du Sauvage, pour l’armateur MERLIN-DUBREUIL. Son navire compte 4 pierriers. Son Deuxième Lieutenant est le brave Jacques BROQUANT. Lors d’une patrouille commune en Manche avec Le Requin, les Hommes rencontrent le Nelly, corsaire anglais de 18 canons et 32 hommes d’équipage. Quand Le Requin est repoussé, le Sauvage réussit à lancer ses grappins sur l’Anglais. Après un bref combat, Jean-Baptiste amarine sa prise et la conduit à Dieppe.
Son efficacité est récompensée encore, et en Germinal An VI( mars-avril 1798 ), il commande le Jupiter, de 14 canons de 3 Livres, 1 pierrier et 55 hommes d’équipage. Il vogue dans le Nord de la Manche, en compagnie du Marsouin. Ils prennent à eux deux 10 navires anglais dans la période, dont un transport de troupes qui allait en Écosse. Ses 10 canons, et ses 80 soldats d’Infanterie, faits prisonniers, manquent à sa Majesté la Reine, dès lors. Mais la croisière ne s’arrête pas là, et Jean-Baptiste se retrouve coincé à son retour au beau milieu de l’escadre de l’Admiral DUNCAN, au large du Texel… l’Officier anglais donne l’ordre au Cutter Phénix -18 canons, 45 hommes, de prendre le Français. Le Capitaine corsaire, blessé à la tête et au bras, n’a plus que 37 Hommes à son bord… il décide de soutenir le feu ennemi, et d’aller à l’abordage ! Le Phenix se rend, et l’escadre anglaise est témoin de la défaite d’un de ses navires…
Victoire de peu de durée… le lendemain, le corsaire boulonnais affaibli et déparé croise une division composée de deux vaisseaux, deux frégates, et un Cutter… l’Anglais ne se sent décidément pas en sécurité… Il a renforcé sa présence, et cette fois, il est vainqueur. Sa dernière prise renvoyée en Angleterre, le Capitaine POLLET va rester prisonnier des Anglais pendant deux ans.

Revenu au service de la France, c’est en l’An VII( 1799 ) que le Capitaine POLLET va recommencer à se signaler… alors Commandant du Bonaparte( 6 canons ), il prend à l’abordage un paquebot de 8 canons et de 30 hommes d’équipage. Cet effectif est renforcé par 11 émigrés qui se battent comme des beaux diables, ne tenant pas à être pris par la République… aucun succès ne vient récompenser leurs efforts.

En l’An IX( 1800 – 1801 ), Jean-Baptiste change encore de commandement, et se retrouve sur le Cygne. Avec ce bateau, il prend le 30 Frimaire( 21 décembre 1801 ) le Tor Abbey. Peu après, en coordination avec L’Intrépide du Capitaine LANTONNE, il s’empare du John Cashter.

En l’An XI( 1802 – 1803 ), c’est le Sept Frères que commande Jean-Baptiste, pour l’armateur MABILLE. L’année n’est pas fructueuse, et on le trouve sur le Wimereux -armateur SANNIER – DUCROCQ, en l’An XII. Ce navire ne lui porte pas chance, et il est fait prisonnier pour la seconde fois. L’un de ses compagnons d’infortune est J. A. HURET tout de même… les deux Hommes s’évadent de Times le 22 Frimaire An XIII( 13 décembre 1804 ). Quatre jours après, ils sont à Douvres, où ils volent un canot. Ils touchent terre le lendemain à Ambleteuse, à trois heures du matin. Quelle santé !
C’est le 20 Floréal( 20 mai 1805 ), qu’il repart à la mer, sur un bateau qui s’appelle à nouveau Wimereux. Son navire compte 80 hommes d’équipage, et 14 canons, appuyés par quelques pierriers. Seul ou en coopération avec d’autres corsaires boulonnais, il prend alors le Messager, L’Équilatéral, le Lydia, le Friendship, le Diligente, le Swan, le Neptune, le Fox, l’Anna-Maria, la Bonne Intention, et enfin le Wardell.
C’est pendant cette période de course qu’arrive une bien triste histoire, qui illustre tout ce que le mauvais esprit peut produire de saletés… une corvette anglaise rase les côtes françaises de très prés… jusque là, rien que de très louable pour des Hommes en guerre, qui recherchent l’engagement. Le Rattler -c’est le nom du navire, est accompagné d’un lougre. A son bord, se trouve un déserteur français, un émigré, le ci-devant Paul-Louis DULONG, natif de Honfleur. Ce dernier a capturé un navire de pêche au large de Dieppe. Le navire amariné, est monté par l’intéressé, et par un Second-Lieutenant qui commande à trente hommes de troupe.
Les soldats anglais profitent de la nuit pour s’approcher des eaux du corsaire. Mais POLLET veille, et évente la manœuvre… il lance : « -Pêcheur dieppois, faites réponses ! »… puis : « -Arrivez pour éviter un abordage ! »… On découvre alors, dans les remous du bateau qui ne change rien à sa manœuvre, deux chaloupes… « -Aux armes ! »
Voila POLLET abordé par le pêcheur, et par les deux chaloupes… le combat fait rage sur son pont. Après une heure de coups et de cris, les Anglais survivants sont culbutés par dessus bord, dans leurs chaloupes. Le bateau de pêche lui, est capturé. A son bord est le déserteur. Ramené à terre, il est envoyé illico presto au Havre, où il est passé en Conseil de Guerre. La sanction est sévère et juste ; il est fusillé quelques jours après.

Pour ces derniers faits d’arme, le Capitaine POLLET et ses hommes d’équipage sont décorés de la Légion d’Honneur, à la distribution du 28 Thermidor An XIII( 16 août 1805 ), devant la Grande Armée rassemblée dans le vallon de Terlincthun.

Les dernières prouesses du Capitaine corsaire Jean-Baptiste POLLET sont à l’image de ce que fut sa vie sur les flots. Retourné en mer dès l’An XIV( 1805 ), il prend l’Eagle venant de Londre, alors qu’il commande l’Eglé. C’est une bonne prise ; le Brick de 140 tonneaux transportait du chanvre. Il combat encore avec succès contre une frégate anglaise en rade de Dieppe, le 22 Fructidor An XIII( 9 septembre 1805 ). Toute la population de la ville s’est rendue au rivage, pour être témoin du combat.
Du 7 décembre 1807 au 9 avril 1808, Jean-Baptiste commande la première course du Sauvage( armateurs Alexandre ADAM, et SAUVAGE-LASSALLE ). Il prend alors en ces temps le Hyades, le Flora, le James ADAMS et la Providence, le tout pour un rapport de 1 773 489 Francs.

En dernier lieu, Jean-Baptiste POLLET commande la seule course du Cinq Amis, pour l’armatrice Mme GASSET-TIESSET, du 13 septembre 1809 au 12 mars 1810. Ayant pris l’Elizabeth, il est bientôt capturé lui-même, pour la troisième fois. Il attendra donc la fin du conflit franco-anglais ( en 1814 ) sur un ponton anglais.

Jean-Baptiste POLLET ne profitera pas longtemps de son retour à terre… il s’est retiré dans sa ville natale à la Restauration, et y est décédé chez lui, place des Victoires, le 18 juin 1821.

Notons que VIDOCQ, personnalité rendue célèbre aux Français par une série des années 80′, passé dans son existence réelle de criminel à Préfet de Police, a raconté dans ses écrits son séjour à bord d’un navire corsaire boulonnais. Un navire… commandé par « Baptiste POLLET ».

Bibliographie : -Echec à NELSON -( Les Corsaires Boulonnais de la Révolution à l’Empire ). ABC2E

Webographie : -http://www.descendants-capitainescorsaires.org/res_recherche.php

-http://data.bnf.fr/12007694/tribunaux_de_prises/

-http://fournetmarcel.free.fr/corsaires.htm

-http://threedecks.org

A SUIVRE…

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