Le Camp de Boulogne. -1° partie.

Platines de fusils modèle An XII en faisceau.

Platines de fusils modèle An XII en faisceau.

-Pour la mémoire :

Jusqu’à il y a quelque années, on pouvait voir sur la falaise de Boulogne-sur-mer des soldats monter leurs bivouacs, faire leur soupe, nettoyer leur fusil, combattre… l’ambiance n’était pas à la guerre( même si c’était souvent bien imité ! ), mais à la fête. Les Camps de Boulogne rassemblaient Anglais, Belges, Écossais, Néerlandais, Allemands, parfois même Tchèques, Polonais et Russes… bien sur les Français étaient là aussi, majoritaires. Qu’est-ce qui pouvait bien rassembler en nombre ces gens, venus d’horizons divers, en ce seul lieu, en un même moment ?

Ces soldats en lourdes capotes, aux blancs coutils, portant lames et cuirasses rutilantes, shakos colorés ou bicornes galonnés, venaient à leur façon célébrer ce que l’on appelle ici le « camp de Boulogne ».

L’événement historique a duré de 1801à 1811, c’est ce que retient principalement la chronique. Néanmoins, dès 1798, des camps militaires avaient éclos un peu partout sur la côte, d’abord à l’Ouest, puis au Nord… quant à l’état de guerre entre Angleterre et France, il a duré jusqu’en 1815, et il a bien fallu conserver une garnison réduite à Boulogne.

Alors, faut-il parler DU ou DES camp(s) de Boulogne ? On peut employer indifféremment l’article singulier, ou pluriel, comme nous allons le révéler dans cet article.

-Camp de Boulogne : Chronologies et environnements stratégique, politique :

-Chronologie générale :

Replaçons d’abord les camps et les projets militaires dans la chronologie, et clarifions une erreur souvent rencontrée. En effet, la relation conflictuelle qu’ont entretenu un temps France et Angleterre n’a rien eu de ponctuel, et les aléas de la vie politique intérieure française ont clairement compliqué l’appréciation des événements et de leur déroulement qu’ont pu avoir certains.

Si envahir l’Angleterre par voie de mer au début du XIX° siècle n’est pas qu’un projet fou, plusieurs actions similaires ont déjà été entreprises dans l’Histoire.

On se souvient de l’Empereur romain, Claude, qui avait réussi à envahir les îles entre 43 et 47 avant Jésus-Christ.

Puis Guillaume, Duc de Normandie, avait mis à la voile pour aller vaincre en 1066 à HASTINGS. Dans les rangs, était alors présent Eustache II aux grenons, Comte de… Boulogne.

Au XVII° siècle encore, Louis XIV, roi de France, dans sa guerre contre guillaume d’Orange, pense un temps à porter le combat chez l’Anglais. Puis abandonne le projet.

La Manche est infiniment plus qu’une mer, tout en étant moins que cela. La Manche est une frontière. Une frontière, ça peut se franchir rapidement… peut-être le Général BONAPARTE a-t-il pensé ainsi, en févier 1798, lors d’une tournée d’inspection préparatoire à une invasion de l’Angleterre. D’ici, on a l’impression souvent que les White Cliffs peuvent se gagner en quelques brasses. Les côtes sont si proches…

Toujours-est-il que la République a du combattre sur plusieurs fronts dès son début, à l’extérieur, comme à l’intérieur…

-Front intérieur :

Dès 1795, le Directoire a créé l’Armée des Côtes de l’Océan. Celle-ci a été réunie en fusionnant l’Armée de l’Ouest, l’Armée des Côtes de Cherbourg, et l’Armée des Côtes de Brest. Elle va connaître plusieurs chefs, dont le dernier sera le Général Lazare HOCHE. Le rôle ingrat de ce corps de troupe sera de combattre une contre-Révolution sauvage et brutale, faite de coups de main, d’embuscades… particulièrement violente. Dans l’Ouest, on massacre les Bleus, les jeunes recrues de la République. On accueille l’Anglais en armes, les émigrés de retour, qui prennent la tête de cette insurrection de paysans, aidés en cela par des prêtres qui ont refusé la constitution civile du Clergé. Dans les deux camps, par manque de place, de moyens et de temps, face à l’urgence… il ne sera pas d’usage de faire des prisonniers. Le sang répond au sang…

En 1797, c’en est fini de la Chouannerie, même si quelques jacqueries se réveilleront encore, faiblement. La République, luttant pour sa survie, est sortie victorieuse des Guerres de l’Ouest. Bretagne, Maine, Anjou et Normandie ne lui nuiront plus vraiment…

-Remédiation :

-Le détour par l’Ouest de notre pays s’est avéré nécessaire. Car souvent, aujourd’hui encore, certains ont une tendance récurrente à confondre « Armée des Côtes de l’Océan », et « Armée d’Angleterre ».

Bien sur, des unités ayant combattu dans l’Ouest ont été intégrées à l' »Armée d’Angleterre »( qui deviendra vite la « Grande Armée » ), mais elles n’en ont constitué tout au plus qu’une portion, tout comme ces Auvergnats, ces Alsaciens, ces Nordistes, ces Belges, ces Néerlandais ou Polonais, et encore, ces Italiens qui se mirent au service la République. Bien sur encore, si la formation des camps de l' »Armée d’Angleterre » succède à la formation de L' »Armée des Côtes de l’Océan »( avec bientôt 3 ans de « battement  » ! ), la première n’est pas issue de la seconde, comme le prouvent leurs objectifs ainsi différenciés :

-L' »Armée des Côtes de l’Océan » avait, comme on vient de le voir, un rôle anti-insurrectionnel ;

L' »Armée d’Angleterre », elle, a pour seul objectif de… débarquer et combattre en Angleterre ! -Ainsi, pour tout ce qui concerne ce rassemblement de troupes, on doit se reporter à ce que les Historiens ont appelé la « campagne d’Angleterre ».

-Front , opérations extérieures et contexte :

C’est le 27 octobre 1797 que le Directoire pour la première fois, ordonne la création de l »Armée d’Angleterre ». Le Général BONAPARTE, tout juste vainqueur de la Campagne d’Italie, jouit des faveurs de presque tous. Il se voit donc confier cette mission. En février 1798, il se rend ainsi dans le Nord de la France pour jauger des capacités militaires et logistiques de l’arrondissement. Il commande d’améliorer l’assise portuaire de Boulogne, d’Etaples, d’Ambleteuse et de Calais. Il semble que le futur Empereur a donc bien pris en compte la tâche titanesque qui va lui échoir…

Mais prévoir n’est pas toujours commander… le Ministre français des Relations Extérieures, TALLEYRAND, a défendu un autre projet d’envergure tout aussi extraordinaire. La conquête de l’Égypte l’emporte finalement sur l’invasion de l’Angleterre. BONAPARTE, ayant commencé à armer les côtes du Nord de la France, va aller combattre des chimères dans les sables d’Orient, qui verront les derniers soldats français de l’expédition subir les affres de l’agonie dans les hôpitaux de Saint-Jean d’ACRE…

En 1801, le Général BONAPARTE devient Premier Consul, et le projet d’invasion de l’Angleterre est remis à l’ordre du jour. Le Contre-Amiral LATOUCHE-TREVILLE est choisi pour mener à bien l’opération.

La suite d’opérations diplomatiques et militaires de cette période historique connaît ainsi son épilogue, la création en 1801 des camps de l’Armée destinée à envahir l’Angleterre, la future « Grande Armée »…

Alors que BONAPARTE a vaincu à MARENGO le 14 juin 1800, la France semblait puissante à l’extrême. La Paix de LUNÉVILLE, signée avec l’Autriche, a été tout à son avantage. Comme celles conclues avec le royaume de NAPLES( en mars ), et la Russie( en octobre ).

La deuxième coalition est finie. Ses membres ont été obligés à signer une paix séparée avec la France, ou à continuer l’état de guerre avec elle. L’Angleterre semble bientôt épuisée par un conflit qu’elle a mené, supporté trop longtemps. Au Printemps de 1801, le Contre-Amiral LATOUCHE-TREVILLE dirige le premier rassemblement de troupes à BOULOGNE.

Dans les parties à suivre, qui traiteront du « Camp de Boulogne », nous nous attacherons à décrire quelles ont été les conséquences sociologiques, économiques, architecturales et urbanistiques d’un grand rassemblement de soldats dans une petite ville. Nous penserons à conter la vie quotidienne des citoyens, aussi bien que celle des soldats, de toutes qualités et de tous rangs. Nous décrirons autant que possible, quels furent les destinations et garnisons des corps de troupes.

Bibliographie :

  • AU CAMP DE BOULOGNE (1801-1811) -Mémoire de la Société Académique du Boulonnais -Tome numéro 21 ;
  • La Grande Armée – Georges BLOND ;
  • Les Uniformes et les Armes des Soldats du Premier Empire – Lilianne & Fred FUNKEN – CASTERMAN, 1968.
  • Webographie : -https://fr.wikipedia.org/wiki/Chouannerie

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