Boulonnais en lutte !

La manifestation du 9 mars 2016, contre la Loi Travail, à Boulogne-sur-mer

La manifestation du 9 mars 2016, contre la Loi Travail, à Boulogne-sur-mer. (Photo Claire Blanpain)

Hier, 700 manifestants battaient le pavé à Boulogne pour exiger le retrait de la « loi travail », concoctée par la ministre El Khomri.

Travailleurs chômeurs, étudiants et lycéens se sont rassemblés dès 6h devant les locaux de la Communauté d’Agglomération du Boulonnais puis à 8h au pont Marguet.

Après s’être réunis devant les locaux du MEDEF, situés en face de la gare Boulogne-Ville, ils se sont ensuite redus à la mairie, ou une délégation de syndicats et d’étudiants ont demandé audience au maire.

Mais c’est quoi, cette « loi travail » ?

« Je suis là parce qu’on veut encore nous faire travailler plus et gagner moins… » explique un manifestant. « La loi El-Khomri, c’est la journée de 12 heures, les semaines de soixante… C’est pas possible, là ou je travaille, 60 heures ! ».
Juste à côté, un autre explique : «Moi, je suis à 46h/semaine. Même avec la majoration de 25%, c’est dur de tenir, ils veulent la faire descendre à 10% pour toutes les heures supp… ».

En effet, le temps maximum de travail légal pourra augmenter par simple accord d’entreprise si la loi El-Khomri est adoptée. Aussi, les heures supplémentaires étaient jusqu’ici majorées à 10% pour les 8 premières heures, puis à 25 et 50% pour les suivantes, d’une part pour compenser la dépense d’énergie des travailleurs en heures supplémentaires et d’autre part pour encourager les dirigeants d’entreprise à embaucher plutôt que de multiplier à l’infini les heures supplémentaires.

Justement, un peu plus loin, nous rencontrons un chômeur : « Du travail, j’en cherche ! Là on nous dit qu’ils vont créer du travail avec cette loi là, mais comment ils veulent en créer si ceux qui travaillent déjà travaillent encore plus et que les heures supp’ coûtent moins cher aux patrons ? ».
Un autre raconte : « J’ai été licencié il y a deux mois, et là ils veulent nous faire croire qu’on va créer de l’emploi et lutter contre la précarité en facilitant les licenciements ? Elle est ou la logique ? ».
Nous abordons alors un groupe d’étudiants et de lycéens : « 25% des jeunes, qui sont au chômage ! On fait comment, nous, pour avoir un avenir avec ça ? ».
Et puis ils reprennent le slogan lancé un peu à l’avant : « Les jeunes dans la galère, les vieux dans la misère, cette société là, on n’en veut pas ! »

La manifestation du 9 mars 2016, contre la Loi Travail, à Boulogne-sur-mer.

La manifestation du 9 mars 2016, contre la Loi Travail, à Boulogne-sur-mer. (Photo Claire Blanpain)

Une travailleuse syndicaliste nous explique alors que la réforme du Code du Travail doit fixer une limite maximale aux indemnités versées par les prud’hommes. « Ça permet de carrément calculer des forfaits-licenciements… Les grands patrons, ceux qui licencient par centaines avec des « plans sociaux » peuvent estimer combien leur coûtera au maximum des licenciements illégaux et voir si ca vaut le coup de frauder… ».

Elle nous explique ensuite que les conditions de licenciements économiques ne sont plus laissées à l’appréciation du juge : il suffira de montrer une diminution des commandes sur un secteur par rapport à la même période l’année précédente ou une diminution de la trésorerie. « Tout ça, dit-elle, ça ne servira qu’aux très grosses entreprises. Il leur suffira de faire passer une activité sur une filiale ou un autre compte, ou de s’endetter artificiellement auprès d’une filiale basée à l’étranger, et par un tour de passe-passe administratif, pouvoir organiser leurs licenciements économiques ! »

« Imaginez, dans le bassin boulonnais, où on a déjà perdu des dizaines de milliers d’emplois, depuis des années ce qui pourrait arriver avec ça ! » ajoute un autre manifestant. Il avait travaillé aux APO avant leur fermeture. Plus de 6000 emplois avaient alors été détruits.

Le cortège arrive en face de la gare, l’avant du cortège entonne des slogans («Medef partout, justice nulle part ! », « C’est pas les travailleurs qui coûtent trop cher, c’est les banquiers et les actionnaires »).
Certains ironisent sur les « accords pour l’emploi » : par simple accord d’entreprise et même si 70% des syndicats représentés s’y opposent, des salariés peuvent être contraints de travailler 37 heures tout en état payés 35, sans que l’entreprise ait à déclarer de difficultés économiques.

« Bah oui, par accord d’entreprise ! Les accords d’entreprises, on sait comment ça se passe hein… Tu dis oui ou tu dégages. » Nous l’interrogeons.

La manifestation du 9 mars 2016, contre la Loi Travail, à Boulogne-sur-mer

La manifestation du 9 mars 2016, contre la Loi Travail, à Boulogne-sur-mer. (Photo Claire Blanpain)

«Avec l’ANI et la loi Macron, il n’y a plus moyen de se défendre dans sa boîte… Les licenciements sont plus faciles, les patrons peuvent aller contre l’avis des syndicats, les prud’hommes et l’inspection du travail perdent des moyens… Si tu dis non, t’es repéré, on te fait vite comprendre que dès que possible, on te fera dégager ou on essaiera de te faire payer… De toutes façons, si tu refuses l’accord et qu’il est quand même adopté, ou bien tu cèdes, ou bien t’es viré. »

Nous revenons sur les accords d’entreprise avec un travailleur syndiqué un peu plus loin dans le cortège.

« C’est ça qui est grave avec cette loi ! Tout ce qui est dans le code du travail devient re-négociable en pire dans les entreprises ! Et les accords en entreprises, ajoute t-il comme un autre manifestant, on sait ce que c’est ! ».
Il détaille : « Avant, le Code du Travail fixait la norme, et pour déroger, il fallait passer par des accords de branche… Ça en fait, du monde concerné, un accord de branche, donc on peut déjà peser davantage dessus, tous ensemble ! En accord d’entreprise, c’est plus dur de dire non au patron qui peut faire directement pression sur toi. Et maintenant, tout va passer par là, y compris la possibilité de travailler plus sans augmentation de salaire. »
« C’est Sarkozy qui avait commencé avec ça, et là ils sont en train de nous finir »
, ajoute un autre.

Pour certains, c’est ce qu’ils ressentent comme de l’indécence dans cette loi qui les pousse à manifester : « Non mais vous vous rendez compte ?! Ils veulent retirer les deux jours de congé qui sont garantis quand on perd un proche… Un parent, un enfant, qui décède, et on vous renvoie au travail tout de suite. Ils s’en prennent même au deuil ! ».

Les cheminots, eux aussi, sont présents, pour défendre la SNCF et protester contre la suppression de milliers d’emplois et l’aggravation de leurs conditions de travail depuis quelques années. Moins d’emplois à la SNCF et des conditions de travail qui se dégradent, expliquent-ils, c’est moins de service pour les usagers, notamment avec la fermeture de certaines lignes et, surtout, moins de sécurité pour les usagers comme pour les cheminots. Pour autant, ils sont clairs : pour eux, la loi travail est dans la droite ligne du mal qui les frappe et qu’ils combattent.

Après le rassemblement en face de la mairie, où syndicats et étudiants prennent la parole pour exiger le retrait de la loi El-Khomri, avant d’être reçus par le maire, les étudiants appellent à se rassembler et à continuer la lutte, notamment en vue de la grande journée de grève et d’action du 31 mars.

Alors, #OnVautMieuxQueCa ?

(Merci à Claire Blanpain pour ses belles photos ! https://www.facebook.com/Les-photos-de-Mimosa-791908200915048/?fref=ts )

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