Fantassin, mousse puis Robinson et Commandant… la vie d’Athanase POSTEL.

Le retour des corsaires en 1806 Maurice ORANGE

Le retour des corsaires en 1806 Maurice ORANGE

Il en est ainsi de la vie des Hommes… Athanase POSTEL aurait pu ne laisser aucun souvenir. Il en a été autrement. C’est par son cahier de notes que sa vie nous est partiellement connue. Ce cahier, portant le titre « Voyages et aventures d’Athanase Postel », fut retrouvé dans les papiers d’une famille desvroise, et son récit porte sur la période allant de 1792 à 1815.

Athanase Postel est né à Boulogne, en 1780. Comme tous les enfants du peuple sous la Monarchie, il n’a eu droit qu’à une éducation très basique, voire sommaire. Il a quand même été inscrit à l’école laïque, et a même suivi un temps le cours d’arithmétique du Citoyen CLAIRON, un maître hydrographe.

C’est par un curieux biais qu’Athanase a pu entrer en carrière de mer. Dès avant l’An I( 1792 ), la jeune République menant la guerre sur tous les fronts afin de se défendre contre le vieux monde coalisé, a eu besoin de beaucoup d’Hommes. Les conscrits furent organisés en milices, puis en régiments, prélevés sur la population des départements. Jeune, c’est avec les autres adolescents de son quartier qu’il fut enrégimenté dans le Bataillon Le Peletier. Le peu d’instruction qu’il avait reçu lui permit d’être nommé Caporal dans l’une des six Compagnies de ce Corps. C’était l’usage dans les Compagnies républicaines, et les récipiendaires se voyaient assez souvent nommé fourriers( responsables de l’habillement et du cantonnement de la troupe, quelquefois de l’armement ). La guerre en cours contre l’Angleterre fit qu’on demanda des volontaires pour embarquer sur les navires devant effectuer une descente en Angleterre( dont on sait qu’elle n’eut pas lieu, finalement… ).

Ses premières armes de marin, Athanase les fit en mars 1793, alors que son navire fut envoyé dans les eaux de Terre Neuve, pour entraver la pêche anglaise. Revenu de cette mission, il s’engagea sur Le Furet, navire corsaire du Capitaine Codron. Il participa à la prise d’un grand bateau près des côtes d’Angleterre, mais celui-ci était vide… suite à cette déconvenue, en relâche à Boulogne, il apprit que son navire avait été pris par la Navy… décidément, la malchance colle parfois à la peau d’un Homme…

Pour ne pas rester inactif, notre marin va à Cherbourg, mais ne trouve pas d’engagement. Il accepte alors de s’embarquer sur un navire américain dont le voyage doit l’amener à Lisbonne. Et le destin semble lui sourire enfin. Il rencontre un autre Boulonnais dans la capitale portugaise. Ce marin-ci s’appelle… Altazin. Il le débauche, et l’embarque sur son navire, le Betzez, commandé par le Capitaine Thomas. Ce navire prend rapidement six goélettes portugaises, qui sont revendues avec leur cargaison de corail à Larache, au Maroc.

La chance, elle, ne dure pas tant que sa sœur maudite… c’est au Cap Saint-Vincent qu’une corvette portugaise accoste le Betzez, et le capture avec tout son équipage. Celui-ci bénéficie des relations franco-portugaises, qui ne sont pas encore mauvaises à l’époque ; il est livré au Consul français de Tanger, qui décide de son rapatriement en France, par Cadix, et Madrid. Les corsaires arrivent à Bayonne en octobre 1797. Bayonne, où Postel est engagé sur une frégate de l’État. Touchant terre à Bordeaux, il se décide à changer de navire, et s’engage sur le Huron, corsaire de 18 canons et 130 hommes d’équipage. Il est de ceux qui réalisent avec ce bateau les prises de trois morutiers et d’un trois-mats américains qui amenait du sucre, du café, du coton et de l’indigo à Londres.

A la suite de cette campagne, Athanase s’engage sur Le Courageux, avec lequel il sera du partage après la prise d’un autre navire américain transportant Rhum, café et cacao. Il prend alors quelques mois de repos, puis s’engage sur le Brave du Capitaine Dupont. Et il retrouve un autre Boulonnais en la personne du Capitaine Duchenne-Lassalle. Celui-ci vite remplacé, c’est le Capitaine Mespoulet qui affrontera une corvette anglaise qui lui tuera beaucoup de monde et lui causera de nombreuses avaries. Néanmoins, le rôle de l’équipage conservera encore le nom d’Athanase Postel. Celui-ci participera quelques jours après à la capture d’un navire, et à la prise de Rhum et de café, vendus à Nantes.

Peu instruit à son entrée dans la vie active, notre marin avait déjà comblé une partie de ses lacunes en étudiant à Cherbourg, et c’est ce moment qu’il choisit pour étudier encore, à Lorient, jusqu’au réarmement de son navire, en octobre 1800. Il participe à la prise d’un négrier, navire qui avait été abandonné. Puis, il participe à la capture d’un navire chargé de morue. Il est désigné pour conduire cette prise dans le port de Bordeaux. Fier ainsi d’avoir eu son premier commandement à vingt ans passés, il se voit félicité par les armateurs de son navire, parmi lesquels… M. Lantonne, de Boulogne.

La Paix d’Amiens signée( le 25 mars 1802 ), Postel s’engage sur un Brick sur lequel il est Lieutenant. La mission de La Confiance est d’amener des passagers et son chargement de marchandises générales au Sénégal, et à Cayenne. Dirigé entre deux destinations vers l’ile de Gorée, le navire y embarque une cargaison de nègres( c’est ainsi que l’on désigne les esclaves capturés en Afrique à l’époque ). La « traite »( le transport d’esclaves )étant tolérée sous pavillon neutre, La Confiance abandonne donc celui de ses origines, le drapeau français. Postel, qui démissionne, accepte de travailler pour un négociant de Saint-Louis du Sénégal. Il fera donc encore un voyage de traite, emmenant avec le Maria « 305 nègres, négresses et négrillons » à Cayenne, en 32 jours.

La Paix d’Amiens a été de courte durée, et à la reprise des hostilités, deux goélettes sont armées en corsaires à Cayenne. Il s’agit du Deux amis et de L’Oiseau. Voilà Postel Lieutenant à nouveau. Lorsque le Préfet de Cayenne, Monsieur Hugues, décide de son propre chef de reprendre Gorée aux Anglais, une flottille est constituée, aux ordres du Lieutenant de Vaisseau Mahé. Le Colonel Blanchot, Gouverneur du Sénégal, y apporte un peu d’Infanterie, et surtout quelques péniches supplémentaires. Pendant la croisière, on articule en marche d’autres navires à la formation. A l’arrivée, le combat engagé contre les Anglais les balaie sans difficulté. Gorée est reprise.

Les deux navires corsaires, sous de nouvelles lettres de marque, opèrent alors sur les côtes d’Afrique. Une de leurs prises est « retournée », c’est-à-dire qu’elle est réarmée en corsaire français. Athanase est son Officier en Second. Dans les eaux du Cap Vert, nos bouillants corsaires font des prises, dont un grand négrier, divers bâtiments, et un sloop…

Ce dernier est armé à son tour en corsaire, et il est donné en commandement à Athanase Postel. Voilà enfin le Boulonnais Commandant de son navire. Il n’a que vingt-quatre ans. Les ennuis , qui n’ont que peu entravé sa carrière, le rattrapent. Lors d’une croisière dans les environs de Cayenne, voilà notre homme naufragé, avec quelques compagnons d’infortune. C’est la survie sur une côte sauvage, entre rivage et forêt, et enfin, la rencontre avec des indiens qui les guident jusqu’à une garnison portugaise. Décidément… le rapatriement sur Cayenne est organisé par le Colonel de la formation, et notre corsaire peut rejoindre Bordeaux, puis… Boulogne, où il peut rendre compte de son périple aventureux.

Après quelques mois de repos, Athanase Postel peut embarquer en décembre 1807 en tant que Capitaine de prise sur le Sauvage du Capitaine Pollet, armé par Sauvage-Lassalle encore une fois. Le corsaire s’empare d’un sloop anglais dans les environs de Jersey… et Athanase est fait lui-même prisonnier par un bateau de la Navy, alors qu’il amenait la prise en France ! Cette fois, il n’échappe pas à la captivité, pendant laquelle il aura tout à loisir de renforcer ses amitiés sur mer ; les Boulonnais qu’il retrouve là lui sont souvent déjà connus…

Passant d’abord par Guernesey, il est ensuite dirigé sur Portsmouth, où il va être pendant quatre ans l’un de ces malheureux pensionnaires d’un ponton, véritable prison sur l’eau. 300 camarades sont logés ainsi avec lui. En 1811, Athanase est transféré à la forteresse d’Édimbourg, et encore à la prison de Walleyfield. Ils sont alors 5 000, que les Anglais gardent là, en Écosse. Il n’est plus question d’utiliser les prisonniers français aux champs, aux travaux, de les loger chez l’habitant… ils ont trop tendance à chercher à s’évader, aussi vite et aussi souvent que possible.

Enfin, la paix retrouvée en 1814 permet un retour général des prisonniers français, qui profite à Postel. Sept années d’enfermement… Notre corsaire pose pied à terre à Dunkerque, puis arrive à Boulogne où il apprend que son père a été enterré la veille…

En août 1814, Postel embarque comme Second d’un sloop armé par le Capitaine Altazin. Malade, on le débarque à Cherbourg, et remis, il se dirige par voie de terre vers Boulogne. Athanase vient de faire ses adieux à la mer…

Le 11 avril 1815, il épouse Thérèse Lemercier à Desvres, où il se met à résider. C’est là, qu’il décédera le 29 décembre 1842, à 63 ans.

 

Bibliographie : -Échec à NELSON -( Les Corsaires Boulonnais de la Révolution à l’Empire ). ABC2E

Webographie : -http://www.descendants-capitainescorsaires.org/res_recherche.php

 

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