Programme de la Fête … du 13 Fructidor An IX.

Ce n’est pas l’École des Fans. Ce n’est pas Nouvelle Star. Après les durs combats qui ont vu l’Amiral NELSON vaincu par deux fois devant BOULOGNE, le Premier Consul Napoléon BONAPARTE a décidé de témoigner de son contentement à la population de la ville, et à ses vaillants défenseurs. Une cérémonie a été décidée pour l’édification du peuple, en même temps que pour remettre leurs trophées aux soldats et marins, qu’on célèbre. Les gentils animateurs sont SAVARY, Aide de Camp du Premier Consul, et l’Amiral de LA TOUCHE-TREVILLE, Commandant la Flotte de la MANCHE. D’après le travail originel d’Henri MALO, historien boulonnais, en voici le programme officiel, daté du 13 Fructidor An IX( 31 août 1801 ) :

( La disposition des majuscules et l’orthographe du texte original sont reproduites ici à l’exact ).

« PROGRAMME DE LA FÊTE

qui doit avoir lieu, aujourd’hui 13 Fructidor, à Boulogne-sur-mer, pour la distribution de 12 Haches d’Armes, 6 Fusils & 4 Grenades d’Honneur, envoyés par le Gouvernement aux Matelots et Soldats de la Flotte de la Manche, qui se sont le plus distingués dans le Bombardement du 16 Thermidor, & le Combat du 28 du même mois.

Au Soleil levant, la Terre et la Rade annonceront la Fête par une décharge de leur Artillerie.

A neuf heures et demie du matin, les Troupes de toutes les Armes se réuniront sur la plage, au dessous de la Tour d’Odre, et y formeront un Bataillon quarré adossé le long de la Falaise. Les Détachements des Garnisons et des Équipages de la Flotte, viendront s’y joindre. Les Marins seront armés d’un Sabre ou d’une Hache d’Armes.

Dès que toutes les Troupes seront sur la Plage, les Généraux et les Autorités constituées réunies au Quartier-Général, en partiront pour se rendre sur le Rivage ; elles seront précédées de la Musique de la cinquante-unième demi-Brigade.

La Musique du Régiment à cheval avec une Députation des Généraux, des Autorités constituées de toutes les Armes et Équipages, de la Flotte, se rendront à l’Hospice pour y prendre les Blessés, que l’Officier de Santé en Chef aura reconnus pouvoir, sans inconvénients, être transportés à la Fête. Les autres Militaires ou Marins désignés pour les Récompenses Nationales, se rendront aussi à l’Hospice, mais isolément.

Ces derniers et les Blessés, seront portés sur deux Chars ornés de Lauriers et de Trophées ; ils seront conduits sur le Rivage ; la Musique les précédera. Ils seront accompagnés des Députations précitées.

Dès que les Blessés arriveront sur la Plage, les Tambours battront aux champs, les Trompettes sonneront, les Drapeaux, les Batteries et la Rade les salueront.

On les descendra de voiture au milieu du Bataillon quarré, & là les Généraux, les Autorités constituées et les Dames, placées sur un Amphithéâtre, viendront au-devant d’eux, et leur donneront la main pour les conduire à la place qui leur sera préparée. Les Chars se retireront, & l’intérieur du Bataillon quarré sera parfaitement vuide.

Alors le Général en Chef LATOUCHE-TREVILLE prendra la parole ; et après avoir transmis à toute la Flotte les témoignages de la satisfaction du Gouvernement, il fera connoître les Matelots et les Militaires auxquels sont accordés les Fusils, les Haches d’Armes & les Grenades d’Honneur, à l’occasion des journées des 16 & 28 Thermidor ; il les leur distribuera aux Acclamations réitérées de VIVE LA RÉPUBLIQUE. Les Forts & Batteries, ainsi que tous les Bâtiments de la Rade, feront en ce moment une Salve générale de toute leur Artillerie.

Les Généraux & les Autorités constituées féliciteront les Blessés & autres Militaires, sur leur conduite distinguée. Le Commandant de la Place & le Maire leur présenteront une Députation des Citoyens de Boulogne, composée des six Vieillards, six jeunes Demoiselles ou Dames, & six Enfants de quatre à six ans ; les Vieillards, vêtus simplement, remettront à chacun de ces Blessés ou Militaires, ou Marins distingués, une branche de Chêne ou d’Olivier, ou quelques gerbes de Bled, pour Emblême de l’Abondance et de la Paix, dont leur Bravoure et leur Courage doivent hâter le retour.

Les jeunes Dames ou Demoiselles, vêtues de blanc, présenteront à chacun d’eux une Couronne de Lauriers.

Les Enfants les embrasseront & leur présenteront des Corbeilles, des Fleurs effeuillées, dont ils couvriront leurs Blessures honorables, comme Embléme du Baume salutaire qu’ils voudroient y répandre.

Toute cette Députation au nom des Habitans de Boulogne, remerciera les Blessés ou autres Marins et Militaires distingués, d’avoir, par leur dévouement & leur constance héroïque, préservé la Ville de Boulogne d’un Bombardement, & des désastres qui en sont inséparables.

Les Dames, les Généraux & les Autorités constituées, donneront la main aux Blessés & autres Marins et Militaires distingués, que les Chars reviendront prendre au centre du Bataillon quarré. Alors toutes les Troupes défileront devant eux, & les salueront.

Ils seront reconduits à l’Hospice de la même manière qu’ils en seront sortis.

A quatre heures, tous les Militaires & Marins qui auront reçu des Récompenses Nationales, se rendront chez le Général LATOUCHE-TREVILLE, pour y dîner avec toutes les Autorités Civiles et Militaires, qu’il y aura réunies, dans un banquet de cent personnes.

A six heures, on se rendra sur la même Plage que le matin. Tous les Bâtiments de la Rade à un signal convenu, arboreront le Pavillon Anglois & enverront leurs Canots & Chaloupes pour tenter un Débarquement. Les Troupes de la Garnison se rendront spontanément sur l’une & l’autre Rives.

Enfin après des efforts inutiles pour descendre, l’Ennemi sera repoussé.

A huit heures et demie, il sera tiré sur les Dunes un Feu d’Artifice.

On reconduira à l’Hospice, avec la Musique Militaire, les Blessés que l’Officier de Santé en Chef aura désignés comme pouvant assister sans inconvénient, au simulacre de Descente, & au Feu d’Artifice.

Les Rues par où ils passeront, seront illuminées. »

Discours :

« BRAVES. MES CAMARADES,

En apprenant les nouveaux succès que votre courage & votre bravoure viennent d’ajouter aux triomphes de la République, le Premier Consul a honoré de ses regrets la mémoire de nos Braves morts au champ d’honneur, & son cœur s’est aussitôt occupé des consolations à donner à leurs familles.

Ses regards se sont ensuite dirigés vers vous, dont le dévouement & le zèle héroïques ont fixé la Victoire sous le Pavillon français, malgré les forces supérieures d’un Ennemi à qui vous avez si bien appris que le nombre n’est rien, quand on lui oppose le vrai courage.

Le Premier Consul a voulu que des Récompenses honorables suivissent de près les belles Actions qui les ont méritées. Il envoie à la Flottille de la Manche 12 Haches d’Armes d’Honneur, 6 Fusils et 4 Grenades d’Honneur ; & si l’on en donnoit à tous ceux qui se sont rendus dignes d’un Distinction si flatteuse, il n’est aucun de vous que son zèle & sa valeur n’appellassent à y participer.

Mais il en est parmi vous que les hasards de la guerre ont particulièrement favorisés, en amenant près d’eux, ou un plus grand nombre d’Ennemis, ou des Ennemis plus déterminés à vaincre. Là, il a fallu déployer encore plus de courage, il a fallu s’arracher les palmes de la Victoire : Et si un danger plus grand, si une circonstance plus difficile ont nécessité plus de dévoûement, il est juste d’y proportionner la Récompense.

Et nos Camarades, que des témoignages authentiques, mais malheureux, de la plus rare intrépidité, empêchent de se trouver ici avec nous, quel baume plus salutaire à verser sur leurs honorables Blessures, que ces gages précieux de la Reconnoissance Nationale ! S’ils échappent aujourd’hui aux acclamations, aux regards de leurs concitoyens, toujours empressés de voir des Héros, ils ne seront point oubliés dans cette répartition de Lauriers, & il n’y a pas un d’entre nous qui ne s’empresse d’en aller ceindre leur tête. Mais la moisson n’en est pas achevée : l’Ennemi vous en promet de nouveaux, mes Camarades, puisqu’il annonce un prochain retour.

Déjà vous l’avez vu deux fois, vous abandonnant le Champ de Bataille, se retirer dans ses ports, pour soustraire à vos yeux les preuves incontestables de la défaite ; & si votre valeur, votre courage ont suffi pour déconcerter ses projets ; que ne devez-vous pas attendre des puissantes ressources que le Gouvernement déploie en ce moment, non pour vous assurer la Victoire,( vous lui en avez d’avance donné mille gages certains, ) mais pour vous en applanir le chemin !

Oui, ils seront encore une fois vaincus ces fiers insulaires, si encore une fois ils osent s’approcher de cette Ligne formidable qui les a si victorieusement repoussés. Plus de cinq cents des leurs ont payé cher cette impudente témérité ; & si cette leçon, quelque terrible qu’elle soit, ne suffit pas à leurs prétentions révoltantes, qu’ils en soient enfin les victimes, & que le seul Anglois épargné dans le carnage qu’ils auront voulu, aille répéter à toute l’Angleterre, que cette Flotte n’est composée que de Héros, devant lesquels nulle autre voix que celle de la Paix, ne sauroit se faire entendre. »

Mention portée en fin de document : A BOULOGNE, de l’Imprimerie Dolet, An IX.

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